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Messages - MCL80
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Politique / Re : 'Murica! Fuck Yeah!
« le 9 Janvier à 18:23 »
Citation de Alaiya le 9 Janvier à 12:15
Mais à l'inverse, vu de notre lorgnette, justement, c'est effarant et incompréhensible d'en être arrivé là, et cela témoigne d'un contexte complexe, profond, ancien ayant mené à une problématique dont les racines nous sont inaccessibles. Au fond, notre crainte c'est qu'un jour ce qui se passe aux USA se passe chez nous. Tu me diras que vu nos différences, c'est peu probable, mais avec les réseaux sociaux, les choses sont devenues tellement poreuses qu'une globalisation culturelle est à l'oeuvre, avec ses bons et ses mauvais côtés. A titre personnel, cela m'inquiète beaucoup.
Je pense qu'au contraire, l'Europe est déjà passé par ce processus : N'oublions pas par exemple les manifestations des Croix de feu en 1934. Le parlement n'a pas été pris d'assaut, mais c'était une très grosse crainte à l'époque. Et c'était de l'extrême droite fanatisée aussi. Pourtant il n'y avait pas les réseaux sociaux à l'époque.

N'oublions pas non plus qu'Hitler a été élu. Ce n'est qu'après qu'il a fait un putsch… En faisant incendier le Reichstag. Et là aussi, il n'y avait pas Facebook, Twitter ou Whatsapp. Pourtant c'est arrivé.

Sur l'aspect des idées politiques, l'apport principal des réseaux sociaux est la vitesse de diffusion, mais ne perdons pas de vue que depuis des décennies, dans de très nombreux pays, les discours nationalistes, racistes, xénophobes se sont répandus. Pour mémoire, au début des années 1980, Le Pen avait un parti insignifiant. En 1986, il envoie 30 députés au Parlement et en 2002, Le Pen est au second tour de la présidentielle. Ça c'était avant les réseaux sociaux, mais cet arrière-fond se mettait en place (et pas qu'en France). Donc quand les réseaux sociaux sont nés ces discours sont apparus au grand jour. Et ils sont apparus avec d'autant plus de force que les plateformes de réseaux sociaux ont un seul objectif: faire du fric par la publicité. Et pour faire du fric de cette façon, ils ont utilisé les sciences comportementales à fond. Donc pour scotcher les gens devant leur écran, il faut flatter leurs idées et créer une sorte de miroir leur disant combien ils sont intelligents, manipuler leurs émotions et créer un effet kaléidoscope: hypnotiser pour qu'ils n'aillent pas voir ailleurs. Pour cela, les algorithmes et la collecte systématique des données sont parfaits. En fait, cela enferme les gens dans une bulle dans laquelle ce qu'ils disent ou pensent est forcément la vérité.

Moi qui ne suis pas sur ces réseaux, la question que je me pose c'est de savoir si l'humanité a besoin de ces prothèses? De ce que je constate autour de moi, c'est que c'est extrêmement addictif et ça consomme un temps invraisemblable. Ceci pour apporter quoi intellectuellement aux personnes qui l'utilisent? En tout cas, sur la réflexion, cela semble avoir des effets tout à fait délétères: Les gens ne pensent plus, ils likent. Et les effets dans la vraie vie se voient: Peu de personnes lisent sur écran un texte qui dépasse quelques lignes, même s'il les intéresse… Mais on a ce même phénomène avec les mails, d'ailleurs. Et combien de personnes lisent des textes longs, que ce soit sur papier ou à l'écran d'ailleurs?… En dehors peut-être des romans.

Moi, ma crainte, c'est la disparition de la presse, au sens où on la connaît. Et je dirais même de la presse papier. En effet, quand on achète un journal, même si on ne lit pas tout, on tombe sur des articles sur des choses qu'on connaît, d'autres sur des sujets qu'on ne connaît pas (et que parfois on aurait pas connu sans avoir lu l'article parcequ'il se trouvait là). Des articles avec lesquels on est d'accord et d'autres moins voir pas du tout. SI la seule source d'information devient les réseaux sociaux, alors on ne verra que des articles avec lesquels on est d'accord et sur des sujets que l'on connaît. Et ça, c'est un monde mort: Il n'y a plus de réflexion, plus de débat, bref, plus rien. Je dirais même qu'au bout du bout, oui, c'est peut-être la guerre de tout le monde contre tout le monde.

Après, je ne me fait aucune illusion sur les effets d'un éventuel démantèlement des réseaux sociaux existants. Les société vont découper leurs activités, mais je ne pense pas que les principes de base en seront remis en cause… Aura-t-on un Facebook démocrate et un Facebook républicain? À moins que ce ne soit un Facebook Californie, un Facebook Texas, un Facebook Alaska… (à l'image du démantèlement de la Standard Oil il y a environ un siècle). J'ai paradoxalement plus d'espoir dans un rejet de ces réseaux par une partie de la population qui a un moment ne supportera plus leur camisole mentale…

Après, concernant la suppression du compte de Trump par Twitter, je pense que c'est politiquement une connerie. Lorsque l'extrême droite est implantée dans la société, on ne la vainc pas avec une muselière, mais bien avec un projet politique. Or actuellement, il n'y a pas au pouvoir aux USA un projet politique capable de faire pièce à l'extrême droite. Cette dernière a donc des chances de se renforcer encore.
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Politique / Re : 'Murica! Fuck Yeah!
« le 8 Janvier à 18:56 »
Citation de Ryô le 8 Janvier à 18:14
Alors non, si Trump a bien réussi un truc, c'est de renverser la table en réussissant à se faire élire alors qu'il n'était pas du tout de la classe des dirigeants. On voit le résultat...
Les deux sont à mettre dos à dos, en l'espèce
Non, Trump est bien partie de la classe dirigeante (milliardaire par héritage, ne pas l'oublier) et à priori accoquiné à la mafia de New-York. Il a juste eu un discours suffisamment brutal, démagogique, fascisant qui a séduit une population inquiète de sa fragilisation sociale et à laquelle aucune alternative progressiste crédible n'a été proposée. Les gens ont peur du déclassement social et du chômage? Qu'ont fait les Démocrates avant Trump pour contrer ça? Rien (voir le salaire minimum horaire,par exemple).

Lorsqu'on ne veut pas lutter réellement contre les inégalités économiques et qu'il n'y a pas de perspective en ce sens, les gens finissent par jalouser leur voisin, parcequ'il aurait "plus qu'eux qui n'ont jamais droit à rien". Pour peu que quelques démagogues attisent ces sentiments, ça part sur la trajectoire que l'on voit. Et on est probablement au bout du chemin. Comme je l'écrivais plus haut, il faut s'attaquer aux milices, mais j'ajoute qu'il faut aussi s'attaquer aux inégalités économiques. Si le futur gouvernement ne le fait pas (et il ne le fera probablement pas) l'emprise des populistes va progresser et dans 1, 3, 5 ou 10 ans, ils risquent d'être au pouvoir.
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Politique / Re : 'Murica! Fuck Yeah!
« le 8 Janvier à 18:38 »
Citation de FinalBahamut le 8 Janvier à 17:59
(ceci dit, je vous reconnais au moins le mérite de la connaissance de sujets aussi pointus que Qanon. Il a fallu que je google le sujet ^^ Moi, mis à part Kanon des Gémeaux... chacun a la culture qu'il peut. Manifestement, les délires de ces quelques personnes vous intéressent suffisamment pour que vous soyez renseignés).
Je suis tombé un jour sur un article les concernant dans "un grand journal du soir". Le contenu de leur discours officiel serait à se pisser dessus de rire (le complot pédo-sataniste des élites que Trump essaye de pourfendre :mdr2:). Mais en fait ce qu'on voit c'est qu'il y a toute une mouvance d'extrême-droite où on trouve ces zozos, mais aussi des milices armées et d’autres trucs encore.

Par contre, je ne mettrai pas les platistes dans le même sac, même si leur délire est risible. Énoncer que la terre est plate n'a pas le même fond politique que déblatérer sur un complot pédo-sataniste des élites, ou même que dire que la terre a été crée il y a 6000 ans parceque c'est écrit dans la bible. (ce qui ne veut pas dire que des platistes ne portent pas les théories Qanon ou autre).

Le problème, c'est qu'un certain nombre de gens ne veulent plus admettre des faits qui ne rentrent pas dans leur schéma de pensée. Du coup ils s'enferment dans une sorte de pensée magique, et quelles que puissent être les preuves apportées pour démontrer leur erreur, rien ne les fera changer d'avis car leurs croyances sont supérieures même aux faits. On est au niveau d'un discours sectaire.

Mais il est évident que derrière ces foules manipulées, il y a des gens qui savent exactement pourquoi ils les manipulent. Et les gourous, à la fin, ils tireront les marrons du feu à leur profit. Après, il est évident que restreindre l'accès à l'éducation ou en dégrader sa qualité (comme c'est aussi le cas depuis longtemps aux USA) fini par accroître la crédulité générale… Mais pendant que les gens croient au complot pédo-sataniste ou autre faribole, ils ne réfléchissent pas à l'effet vases communicants entre la baisse de leurs revenus et la hausse vertigineuse des revenus de quelques milliardaires… Et c'est ça le plus important.
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Cinéma / Re : les séances Vayaudai et Strimigue
« le 8 Janvier à 18:17 »
L'inconvénient d'un projecteur, (je parle pas pour les powerpoint, là, hein :P) c'est que pour avoir la meilleur image possible il faut obligatoirement un environnement relativement sombre.
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Politique / Re : 'Murica! Fuck Yeah!
« le 7 Janvier à 21:57 »
Ce qui est en tout cas très intéressant sur les dernières années, c'est de voir que les politiciens américains, surtout républicains, ont fait la même erreur de jugement vis-à-vis de Trump que la droite allemande avec Hitler: Vous inquiétez pas on va à la soupe l'encadrer en mettant "un adulte dans la pièce". On voit au bout du bout le résultat. Alors certes, Trump n'est pas Hitler… Il aurait eu 20 ans de moins, il aurait été autrement plus dangereux. Mais il suffit qu'un de ses héritiers reprenne le flambeau et dans quelques années, on risque de voir une marche sur Washington qui ressemblera furieusement à la marche sur Rome, et avec des conséquences semblables.

Nous ne sommes pas dans les années 1930, mais toutefois la misère croît à grande vitesse, tout comme dans la grande dépression. Les "démocrates" (au sens large) ne proposent aucune perspective aux gens qui glissent dans la misère. Ces personnes se tourneront donc vers le premier "antisystème" venu qui leur semblera crédible et qui leur dira qu'il va les "venger" du "système"…
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Politique / Re : 'Murica! Fuck Yeah!
« le 7 Janvier à 17:00 »
Bon, donc hier nous avons assisté à un remake cheap de la marche sur Rome des chemises noires. Même si la situation est calmée pour le moment, très clairement tout cela va avoir des conséquences, avec deux possibilités pour le futur pouvoir: laisser faire au risque dans quelques années d'avoir de vraies milices d'extrême-droite armée (style SA ou SS), soit accepter dès maintenant l'idée de l'affrontement pour tuer dans l'œuf les velléités putschistes futures de quelques ambitieux auxquels Trump a montré le chemin. Ceci par exemple en restreignant l'accès aux armes par exemple…
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Citation de iDam le 30 Décembre 2020 à 11:22
Bref, je suis en mode sniper et je vais pas cesser (en plus sa naïveté sur le monde édito manga, surtout les "gentils" Black Box, me donne envie de brûler mon chat) :o
Je savais bien que le chat ne ferait pas long feu…












 :jesors:
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Kurumada, il a plus besoin de se fatiguer avec les royalties sur tous les dérivés divers et variés. Donc un volume toute les années et demie, c'est un bon rythme, non?

Je continue à suivre ND (vu le rythme, ça va), je m'inflige Santia Sho, mais GA, j'ai jamais commencé. Déjà que G, j'ai eu du mal…
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Kuru, depuis les années 2000, il a jamais vraiment arrêté, mais il produit plus grand'chose depuis un paquet d'années.
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Télévision / Re : Il y a quoi ce soir a la teloche??
« le 28 Décembre 2020 à 18:07 »
Le problème, c'est que je ne suis pas seul et ce n'est pas moi qui choisi le programme… Et que c'est l'heure du repas. :peur:

Sinon, oui, je sais que le journal d'Arte tient plus la route.
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Télévision / Re : Il y a quoi ce soir a la teloche??
« le 28 Décembre 2020 à 12:28 »
Je dois dire qu'hier j'ai été fasciné par la télévision d'État et son niveau de profondeur d'analyse. Même au zéro absolu, ils creusent encore. Dans l'annexe du journal télévisé après 20h30, ils ont fait un reportage d'un quart d'heure sur… les doudous. C'est affligeant. Il n'y a pas d'autre mot. Déjà que parler de journal télévisé pour ce qui a précédé fait largement mal au derrière, mais là on est dans l'indigne.

Pourtant, c'est pas l'actualité qui manque de part le monde (et pas seulement la vaccination de tatie Renée contre le COVID, hein) D'habitude ils passent les plats à des artistes en tourné promo, alors que ça pourrait se faire dans de vrais émissions, passe encore.

Après, ils vont venir chialer que "les jeunes" ne s'informent plus chez eux. Mais LOL, quoi. Personne ne peut supporter un vide aussi insondable. C'est une torture en soi.
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Politique / Re : Emmanuel Macron Président de la République
« le 28 Décembre 2020 à 12:15 »
Je dois reconnaître que c'est d'une Kolossale finesse comme opération. En gros, pour arriver en tête au premier tour en 2022, il faut mettre tata et la nièce sur la grille de départ. Sauf que le fonctionnement des Le Pen est clanique (ne pas trop s'illusionner sur les désaccords montée en épingle entre la tata et la nièce. Elles partagent le même tas de fumier). Donc s'il y en a deux qui se présentent, ça veut dire que ça a un intérêt pour elles pour la suite.

Ou alors Manu' considère que c'est cuit pour lui et il prépare l'adoubement de l'extrême droite pour le remplacer…

En tout cas, il va nous refaire sous une autre forme le coup de Mitterrand en 1986.
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Politique / Re : Emmanuel Macron Président de la République
« le 24 Décembre 2020 à 11:42 »
Oui, dans le système capitaliste tout est gouverné par le taux de profit. Entre 1945 et les années 1970, celui-ci était au plus bas (pour les raisons que j'ai évoqué) Or les capitalistes veulent qu'il soit toujours plus élevé (l'idéal, serait un taux de profit de 100%: aucun coût de production ni de transport, mais vendre quand-même quelque chose… Jusqu'à maintenant, ce sont les escrocs qui s'en sont le plus rapproché)

Bien sûr que le processus que j'ai décrit vers le néolibéralisme n'a pas été linéaire, ni sans tâtonnement, mais la pression du taux de profit est permanente sur tous les patrons: si leur entreprise a un taux de profit supérieur à celui de leurs concurrents, alors elle va attirer les capitaux car les actions auront un meilleur dividende. Donc chaque patron à son niveau essaye d'améliorer le taux de profit de l'entreprise par tous les leviers possibles: modernisation de l'outil de production, compression des frais fixes, etc. Les patrons des grandes entreprises on un avantage dans ce domaine: ils sont en capacité de peser sur l'environnement normatif de l'entreprise en faisant modifier l'environnement légal. Cela peut se faire par des pressions classiques (je vais fermer mes unités de production), par la corruption (je subventionne votre campagne électorale ou votre train de vie sur un compte à Singapour), ou par la violence (je finance un coup d'état, comme Elf ou Total ont pu le faire en Afrique).

Cette pression générale pour augmenter le taux de profit génère aussi un marché que ce soit dans le domaine du conseil, mais aussi de la recherche, y compris théorique, en sciences économiques. Et donc, les financements aidant, cela fini par aboutir à une ou des théories à grande échelle permettant d'atteindre le but souhaité. Il faut les tester d'abord à petite échelle puis à une plus grande… et si elles sont efficaces, en fait, elles se propageront d'elles-même puisque dans les pays où elles sont appliquées, le taux de profit des entreprises est supérieur… Ces pays captent donc rapidement de nombreux capitaux au détriment des autres. Si ces derniers ne s'alignent pas ils se paupérisent, leur appareil industriel vieillit et perd en compétitivité.

Ceci dit, je viens de me rendre compte que j'avais négligé un des facteurs importants de l'après-guerre et qui a pesé aussi: la décolonisation. Durant la période coloniale, les industries étaient concentrées dans les métropoles (Royaume-Uni, France, Italie, Portugal… Je laisse de côté les USA qui sont spécifiques avec un marché intérieur énorme et une capacité à influencer économiquement les deux Amériques sans être au sens littéral une puissance coloniale) Les colonies, pour l'essentiel ne servaient qu'à deux choses: fournir des matières premières à leur métropole et en retour être un marché captif pour l'industrie de cette même métropole. Durant la période coloniale, de nombreux métiers considérés comme nobles étaient totalement inaccessibles aux peuples indigènes, au moins sur le territoire des colonies (ces règles étaient moins strictes dans les métropoles que dans les territoires coloniaux d'ailleurs, le colonisé étant en quelque sorte affranchi lorsqu'il venait en métropole). Or ce mode d'organisation était une forme archaïque du capitalisme qui maintenait artificiellement deux marchés du travail distincts: un pour les colonisateurs et un pour les colonisés. Jusqu'aux années 1930-1940, cela ne posait pas de problème réel au niveau du taux de profit. La seconde guerre mondiale, la saignée qu'elle a entraîné puis les reconstructions et le développement économique qui ont suivi ont généré une pression très forte sur le marché du travail côté colonisateurs avec les effets qu'à décrit FB. Et donc une poussée à la baisse du taux de profit. La volonté d’indépendance des peuples colonisés a donc été utilisé par le capital pour unifier le marché du travail à travers le monde (le capital recherche toujours à standardiser au maximum les productions, car il est beaucoup plus facile de comparer des éléments identiques que des éléments légèrement différents). On a ainsi vu des usines s'implanter dans des pays comme la Corée du sud, Taïwan, l'Inde… Cette concurrence a permis de recréer dans les pays industrialisés, un outil de régulation: le chômage de masse. Et c'est cette arme qui a permis de mettre une pression maximum sur les travailleurs et qui au bout du bout a permis de réorienter à la hausse le taux de profit en activant tous les outils que j'ai évoqué précédemment.

Après, je partage le fait que l'écologie n'est pas soluble dans le capitalisme, puisque comme je l'écris le taux de profit immédiat est le seul objectif. Après, l'exemple que cite FB est intéressant, car il montre aussi certaines faces des contradictions internes du capitalisme. Car certaines entreprises n'en ont rien à faire de la qualité de l'eau, alors que pour d'autres, ça va être un point essentiel pour leur production. Il ne faut donc pas imaginer le capital comme un bloc monolithique, mais plus comme l'assemblage d'intérêts hétéroclites qui ont un but commun; augmenter leur taux de profit immédiat. Et ça, de toute façon, c'est pas compatible avec la protection des milieux qui ne peut se faire que sur un temps long.
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Politique / Re : Emmanuel Macron Président de la République
« le 23 Décembre 2020 à 19:15 »
Attention, le problème n'est pas le néolibéralisme. C'est le capitalisme.

Entre les années 1940 et 1960 la répartition des richesses au sein du système capitaliste (au moins aux USA, en Europe de l'Ouest et au Japon) a été modifiée sous la pression du prolétariat. Le contexte en 1945 était que l'URSS avait gagné la guerre en Europe. Ceci après la guerre de 14/18 et la crise économique profonde des années 1930. Le capitalisme libéral était très affaibli: les grandes entreprises des pays occupés par le reich avait sombré dans une collaboration éhontée pour enrichir le plus vite possible leurs actionnaires. Je ne parle même pas des entreprises allemandes et japonaises dont les actionnaires ont amassé des fortunes considérables, en fournissant l'armement (Krupp, Siemens, AEG, Kraus-Maffei…), et/ou le matériel pour la solution finale (IG farben entre autres) et qui ont utilisé à grande échelle le travail forcé.

Bref, le capital était discrédité et en plus, il y avait une alternative qui apparaissait possible. Le PC faisait 40% aux élections. Pour sauver leurs miches, les capitalistes ont donc accepté de partager un peu le gâteau: ils ont accepté des niveaux de taxation élevés, la création de couvertures sociales, de salaires minimums, etc. Bref de redistribuer.

Cependant, cette concession n'était que temporaire, le temps que l'orage passe… Et c'est exactement ce qui s'est passé. Dès la fin des années 1960, les USA ont pris progressivement l'ascendant en se lançant dès la fin de la seconde guerre mondiale dans un consumérisme débridé qu'ils ont largement exporté (il fallait bien reconvertir une partie de leur complexe militaro-industriel et fournir du travail aux soldats démobilisés, d'où l'idée de créer des besoins en objets de consommation). À partir du moment où l'URSS a commencé à s'affaiblir (et le processus a débuté en 1956 avec la répression à Budapest puis s'est fait progressivement des années 1960 pour aboutir à 1989) Le capital s'est réarmé. Alors que des années 1945 à la fin des 1960, les théories Keynésiennes étaient dominantes chez les économistes, l'école de Chicago a eu les moyens financiers et politiques de diffuser ses théories néolibérales le plus largement. Le premier test grandeur nature d'application a été la dictature de Pinochet en 1973. Dans ce pays, l'ensemble des équilibres sociaux ont été brutalement modifiés au profit de la bourgeoisie: liquidation de l'état providence, privatisation, suppression des garanties minimales en matière de salaires, de santé, éducation supérieur payante, etc, etc. Ce premier test réussi sur un pays "périphérique" a permis de passer à l'application dans le pays central du capitalisme, les USA et son vassal le plus proche, le Royaume-Uni à partir de la fin des années 1970. Après des luttes plus on moins longues, les travailleurs y ont été défaits et ont globalement perdu de nombreux droits. On a ainsi assisté à l'apparition des travailleurs pauvres, la multiplication des boulots mal payés, l'augmentation irrésistible et sans fin de la pauvreté. Et forcément, dès lors que le cœur du capitalisme s'est mis à fonctionner comme cela, tous les pays n'ont eu d'autre choix que de s'adapter. Pour les pays de l'ancienne Europe de l'Est, la transition a été extrêmement brutale avec une casse délibérée et immédiate des structures économiques et sociales (voir par exemple comment la RFA a vendu à l'encan tout le tissu industriel de la RDA, créé des länder qui ne correspondait à aucun découpage antérieur, cassant en une poignée d'années tout le tissu économique et social. Le nom de la structure chargée de la vente des actifs, la Treuhand a d'ailleurs un fort parfum de scandale affairiste.)

Certains pays ont un peu de retard sur le processus, comme en France, en raison de luttes locales, mais ici aussi, il y a un démantèlement de l'État social: l'école, l'hôpital, etc sont sous-financés. Les inégalités s'aggravent sans cesse. La couverture sociale se rétrécie de plus en plus vite au fil des "réductions de charges" (comprendre diminution de la part socialisée du salaire donc baisse de salaire en fait) et il est probable que le virus va permettre de porter le coup de grâce à la sécurité social telle que nous la connaissons, au profit d'assurances privées. Il est probable que le CDI soit bientôt vidé de sa substance, comme l'a été le statut du fonctionnaire en 2019.

Les seuls gains que le monde du travail a pu obtenir, c'est par la lutte, car la répartition des richesses est un rapport de forces. Les salariés ont obtenu le droit de s'organiser en se battant pour leurs conditions de travail et la IIIe république a dû plier et abolir la loi Le Chapelier qui datait de l'époque révolutionnaire. Cette même république a dû, sous pression, accorder les congés payés en 1936. En 1946, le gouvernement provisoire a concédé la sécurité sociale sous la pression des ouvriers, etc, etc. Et c'est bien sous la pression de la rue que Macron a abandonné la taxe carbone, dont il s'avère que proportionnellement elle aurait beaucoup plus largement frappé les pauvres que les riches… Ce qui est logique puisqu'il s'agit d'une taxe sur la consommation (comme la TVA) Or plus on est pauvre, plus la part du revenu dépensée en consommation est élevée, alors que plus on est riche, plus la part de l'épargne domine dans le revenu.

Moi, je vois très bien l'orientation qu'il faut prendre pour réformer la société dans un sens plus juste. Mais c'est juste que ça sera pas un chemin semé de pétales de roses… Mais ça on le sait depuis Marx et la Commune.
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Politique / Re : Emmanuel Macron Président de la République
« le 23 Décembre 2020 à 11:43 »
Citation de FinalBahamut le 23 Décembre 2020 à 09:52
Si on se met à la place de Macron.

Il veut se faire réélire en 2022.

Il sait très bien qu'il pourra pas nous refaire le coup du progressiste.

Ca serait de toute façon inutile stratégiquement.

Parce que la gauche n'existe plus dans le paysage politique.
Et parce que l'électeur de gauche : ou il préfèrera toujours voter Macron que Le Pen (le barrage au fascisme, bla bla, tout ça), ou il s'abstiendra (parce que bon, on peut aussi se demander comment Macron va réussir à se différencier de Le Pen après son œuvre).

Donc, jouer au progressiste ne sert pas à grand chose. Tout est déjà en place à gauche.

En revanche, l'électeur de droite, c'est pas gagné.
Parce que l'électeur filloniste, lui, il trouve quand même que Macron n'en fait pas assez sur la "tradition", la "sécurité"... d'où le discours "étrange", d'où son "le Pétain de 40 n'était pas top, mais faut pas oublier celui de 14-18"...

Tous ces clins d'oeil pour essayer de rassembler la droite orléaniste et la droite plus "dure" se multiplient et aboutissent à ce brouet étrange.

La course des petits chevaux est déjà lancée...
Je crois que c'est bien résumé.

À "goche" de gouvernement (entendre PS, écolos, PC et mélanchoniste), chacun y pense en se rasant et se voit même en haut de l'affiche. Du coup chacun va partir avec son écurie (et son melon)… Sauf qu'une analyse politique simple permet de dire que même unis, c'est quasi-perdu pour eux. Pourquoi? Car les classes populaires qui votent à gauche ont voté Hollande en 2012 et ont été trahis. Elles ont voté Macron en 2017 comme héritier de Hollande et elles ont été trahis. Or l'électorat populaire évolue. Il y a 40 ans, avec l'influence du PC dans les quartiers populaires, un vote "à gauche" allait quasiment de soi. Mitterrand, Jospin, Hollande sont passés, de nouvelles générations ont grandies dans un milieu beaucoup moins politisé (pour plein de raisons) et surtout ont vu les trahisons qu'on subit leurs parents ("le gouvernement ne peut pas tous" ou bien " Ma candidature n'est pas socialiste" ou encore "Mon ennemi c'est la finance", etc, etc). Les partis de gauche de gouvernement ne parlent quasiment plus de justice sociale concrètement. C'est devenu une idée éthérée qui est brandie comme l'est le paradis biblique par les curés, mais jamais il est donné d'engagement sur des mesures concrètes qui seraient prises en cas d'élection. Au lieu de ça, on cause d'enjeux "sociétaux" qui plaisent beaucoup à la bourgeoisie car ils évitent de causer de la répartition des richesses dans la société.

Ceci dit, je pense que vu le contexte actuel, Macron fait une erreur tactique (je ne dirais pas politique, car sur ce plan-là, ce n'est pas une erreur, mais une volonté délibérée) d'aller sur le terrain du FN, car dans un peu plus d'un an, même avec le vaccin, il sera encore les deux pieds dans les suites économiques de la pandémie. Et franchement, vu la casse économique certaine qui va se produire (les commerces, les restos, les bars, les boîtes de nuit, des entreprises diverses) son duo de Laurel et Hardy avec la Marine, il risque de ne pas le gagner. Ceci avec en arrière-fond une abstention très forte et en même temps potentiellement une vraie agitation sociale.

Après, je vous invite à lire les articles du Monde Diplomatique de ce mois qui tente d'expliquer comment Robert Ford est devenu maire de Toronto et comment de la même façon des noirs ont voté pour une personnalité ouvertement raciste comme Trump. Je ne partage pas du tout l'analyse qui est faite (quasiment ouvertement "les minorités seraient trop bêtes pour voir que c'est du racisme"), mais il me semble que ces phénomènes sont importants, ont une explication rationnelle, qu'ils risquent de se produire ailleurs et qu'il faut donc essayer de comprendre ce qui se passe.