Re : Faits divers et compagnie
Reply #3521 –
J'ai commencé à écrire une énorme logorrhée, cela fait une heure et demie que j'y suis dessus mais j'arrête. C'est complètement indigeste 
Le débat est passionnant et je trouve que globalement, même si quelques sensibilités diffèrent, vous saisissez bien nombres des problématiques liées à l'école. Si je devais écrire à quoi sert l'école, je n'aurais pas mieux composé qu'Urumi. Sur le respect, je suis en phase avec Ryo.
Pour les savoirs fondamentaux, ils sont de toutes façons négligés de deux manières :
- on ne parle plus de savoirs mais de compétences. De fait, le savoir est subordonné à son utilité, une aberration.
- les outils d'évaluation sont devenus inadaptés. Ce n'est pas tant que les bonnes vieilles dictées, la note sur 20 ou autre sont des formules parfaites… Mais à trop confondre bienveillance et laxisme, oublier le principe de l'exigence dans les grands examens nationaux par des consignes (elles existent, ceux qui témoignent du contraire sont des menteurs) ahurissantes. Et surtout on est passé d'un système conçu pour des élites à un système toujours conçu pour des élites mais dont les outils d'évaluations sont conçus pour le niveau le plus basique qui soit. Par exemple, en histoire géographie, on a travaillé sur la leçon "civils et militaires pendant la première guerre mondiale". Cette leçon implique non pas une lecture chronologique et un récit de la guerre mais bien un travail thématique sur la notion de guerre totale, de violence de masse, de brutalisation des sociétés et de l'influence de la guerre sur la société. Un sacré travail ambitieux. Pour l'évaluer, classique, soit une étude de documents, soit un travail argumenté. Classique. Sauf que les critères d'évaluations seront très laxistes. Pour les études de documents, en examen, on est censé accepter des réponses bancales que ce soit le fond (citation relevée contestable mais pas fausse non plus) ou la forme (nombreuses fautes lexicales ou syntaxiques), pour la réponse argumenté… S'il y a deux arguments avec deux exemples et que ça fait vingt lignes, même si c'est pas structuré, même si c'est mal écrit, c'est considéré comme convenable. La phrase d'intro ? La conclusion ? Des éléments à valoriser, simplement. Deux ou trois paragraphes ? Pareil. Donc on a une sorte de dichotomie étrange entre des programmes toujours ambitieux… Et une évaluation qui semble ambitieuse mais qui est, en réalité, à l'opposé de l'échiquier.
A choisir, je préfèrerais l'ambition. Je comprendrais une autre logique. La solution actuelle est incohérente et cela rend l'enseignement et l'évaluation illisibles. Après, cela ressemble tellement au service public actuel… On prétend offrir une certaine qualité, mais dans la réalité…
Pour les jugements des parents, perso, ça glisse. C'est le jeu, c'est comme ça. Ce qui me gêne beaucoup, par contre, c'est d'entendre un connard comme Benjamin Griveaux allant nous comparer à des criminels, un incompétent notoire comme Blanquer prétendre sa bienveillance à notre sujet et au contraire pondre plusieurs circulaires infantilisantes. Et, pour finir au mouvement "pas de vague", je suis beaucoup plus remonté ainsi vis à vis de mon ministère, du Rectorat, de l'IA que de mon chef. Il a ses défauts, je peux regretter nombre de ses choix, mais il en prend autant plein la gueule que nous et doit, ainsi, assumer ses choix. L'IA, lorsqu'elle ralentit au possible, les processus de signalement pour absentéisme, se défausse sur les enseignants ou les chefs d'établissement quand il y a conflit. Le recteur, l'année dernière, qui, 4 heures après le suicide d'un collègue, déclare à la télévision que "le professeur avait des problèmes personnels" alors que ce dernier avait alerté les services sociaux du Rectorat, a laissé une lettre sans équivoque. Ouais, eux par contre, ils me pourrissent ma vie et mon métier.