Re: Faut-il avoir peur de la Corée du Nord?
Reply #51 –
Comme dit MCL, c'est du donnant donnant : en Coree du Nord les installations telephoniques et autres antennes, Alcatel en a monte un paquet. Pareil au Turkmenistan, sans doute (mais là je suis moins sûr).
La France aime bien avoir des contrats!
: Mercredi 17 Décembre 2008, 00:03:34
http://www.aujourdhuilacoree.com/actualites-coree-bataille-pour-le-pouvoir-a-pyongyang-1439.asp?1=1
Un article tres interessant sur la succession en cours de Kim Jong-Il
Bataille pour le pouvoir à Pyongyang
Kim jong-Il malade, sa succession semble l'objet d'intenses tractations dans les palais de la capitale nord-coréenne. Les trois fils du dictateur se déchireraient et les proches de la famille tentent de choisir le bon cheval.

Dans cette Monarchie communiste qu'est la Corée du Nord, la dernière succession avait été beaucoup plus calme. Fils de Kim Il-Sung, Kim Jong-Il avait été associé très tôt au pouvoir, et avait commencé à diriger le pays avant même la mort de son père, écartant ses demi-frères du pouvoir.
Mais la prochaine transition s'annonce plus compliquée. Kim Jong-Il a eu de sérieux problèmes de santé cet été, visiblement une attaque cérébrale qui a réduit certaines de ses capacités, même si il semble toujours aux commandes. Le dictateur avait toujours jusque là refusé de désigner un successeur parmi sa progéniture. A Pyongyang, nommer un successeur, c'est déjà abandonner un peu de son pouvoir. Pas question pour Kim Jong-Il, qui aura 67 ans selon sa biographie officielle le 16 février prochain.
Mais si on en croit une dépêche de l'agence sud-coréenne Yonhap, Kim aurait compris la nécessité de prévoir le pire, et aurait nommé le 8 janvier son plus jeune fils Kim Jong Un (ou Kim Jong Woon) comme successeur officiel. Une nouvelle qui a fait le tour du monde depuis jeudi, reprise sans conditionnel en France par Libération, Le Monde, le JDD... Car l'agence AFP a repris l'agence Yonhap, et toute une série de médias ont ainsi, comme c'est l'habitude, repris la même dépêche en se citant les uns les autres. Ce qui finit par ressembler à une information. Kim Jong un prochain empereur de Corée du Nord ? la réalité semble un peu plus complexe.
Il est évidemment possible que Kim Jong Un prenne la succession. Il est le fils de Ko Yong Hui, la troisième épouse de Kim, une ancienne danseuse née au Japon d'une famille d'origine coréenne. Une très jolie femme réputée l'épouse préférée du dictateur, et qui a été depuis quelques années présentée comme une "mère de la patrie" dans la propagande officielle, une manière de préparer la légitimité de l'un de ses deux fils à prendre le pouvoir. Ko Yong Hui est morte à Paris en août 2004 d'un cancer du sein.
Autre atout de Kim Jong Un, sa proximité avec son père. Selon Kenji Fujimoto, l'ancien chef japonais du leader coréen, que j'ai rencontré à Tokyo, Jong Un est le fils préféré. Le plus jeune, celui aussi qui ressemble le plus à son père. Il a le même embonpoint, pesant 90 kilos pour 1,75 mètres. il souffrirait par ailleurs de diabète.
Kim Jong Un a passé une bonne partie de son enfance à Berne, étudiant à l'école internationale. Il avait la réputation d'être peu sociable, préférant être raccompagné par l'ambassadeur Nord Coréen en Suisse (Ri Chol, le gestionnaire de la fortune des Kim...) que se lier avec ses camarades de classe. De son séjour en suisse, il aurait acquis plusieurs langues étrangères, dont le français, et une passion pour la NBA... Après le bac, il a été renvoyé à Pyongyang pour intégrer le Kim Il Sung National War College de 2002 à 2007. Il n'a pas de poste important depuis.
Bref, un candidat solide à la succession. Mais, avant ces derniers jours, personne ne misait sur cette possibilité. Cela semblait se jouer entre ses deux frères aînés, Kim Jong Chol et Kim Jong Nam, son demi-frère.
Kim Jong-Chol est lui aussi le fils de Ko Yong Hui. Il est le deuxième fils du "cher leader". Il est né en 1981 et a lui aussi intégré l'école internationale de Berne (sous le nom de Chol Pak), où il a sensiblement mieux digéré la culture occidentale. Contrairement à son frère, on dispose de nombreuses photos de son passage là-bas. Et même une vidéo lorsqu'il suivait un concert de Eric Clapton avec une amie. Eric Clapton qui a été par la suite invité à se produire à Pyongyang...
Son père aurait parait-il du mal à accepter un dérèglement hormonal qui le rend "féminin"... Mais Jong-Chol était vu récemment comme un successeur crédible. Il a pris du galon dans le parti, contrairement à son jeune frère, et Hwang Jang-yop, le plus haut gradé des transfuges nord-coréens, le voit toujours comme le successeur attitré, car le frère aîné serait discrédité.
Le frère aîné, en effet, est un personnage haut en couleur. Obèse à l'air jovial, né en 1971, il est le fils de Song Hye Rim. Il a lui aussi été élevé en partie à l'étranger, notamment au lycée français de Moscou dans les années 80. Il est réputé très bon francophone, c'est lui qui par exemple vient à Paris trouver des spécialistes pour soigner son père... D'une manière générale, Kim Jong Nam est l'exécuteur des oeuvres extérieures de son père. Il voyage beaucoup, possède depuis une dizaine d'années une résidence à Macao où il fréquente assidûment les casinos de Stanley Ho. Stanley Ho qui a obtenu une licence pour opérer un improbable casino dans le sous sol d'un grand hôtel de Pyongyang. Un drôle d'endroit aux murs dorés et à la clientèle haute en couleurs.
Mais à Macao, on peut imaginer que que Jong Nam fréquentait aussi les établissements bancaires connus pour être les machines à sous de la Corée du Nord.
A Pyongyang, il a occupé plusieurs postes importants, notamment à la sécurité publique.
Selon la tradition confucéenne, Jong Nam a tout pour être le successeur. Il est le fils aîné, comme son père avant lui. Il lui revient de reprendre le flambeau. Et personne ne remettrait en doute ce pronostic sans "l'incident de Tokyo", une merveilleuse histoire digne d'un roman d'espionnage de seconde zone.
En mai 2001, un certain Pang Xiong débarque à l'aéroport de Narita, avec deux femmes et un jeune enfant de 4 ans. Il montre son passeport dominicain à l'officier d'immigration, et il explique qu'il vient avec sa famille visiter le parc Disneyland de la capitale japonaise. Hélas, Jong-Nam, c'était bien lui, n'a pas réussi à amener son fils chez Mickey, et après quelques jours de prison il fut expulsé vers la Chine, créant un certain embarras diplomatique, et selon la légende, une grosse colère paternelle. Depuis ce jour, Jong-Nam serait décrédibilisé.
Sauf que la bataille bat son plein. Et que d'autres acteurs entrent dans la danse. Jang Sung Taek, le beau-frère de Kim Jong-il, serait devenu depuis les problèmes de santé du dictateur le numéro 2 du régime. Et il aurait désigné la semaine dernière comme prochain leader Kim Jong-Nam. Jang Sung Taek avait perdu la confiance du leader en 2004, il avait même été arrêté pour "abus de pouvoir" (et oui, visiblement, la qualification existe en Corée du Nord...). Il avait également du s'expliquer lorsque sa jeune fille s'était suicidée, à Paris, refusant de rentrer à Pyongyang et d'abandonner son petit ami qui ne plaisait pas à la famille royale coréenne, à l'été 2006. Deux ans plus tard, il est revenu en grâce, il occupe le principal poste ministériel. Il est responsable de l'administration du régime, des services secrets, et a lancé une grande purge l'année dernière parmi les officiels qui ne lui était pas dévoués. Les ennuis de santé de Kim Jong-Il lui ont permis de renforcer son influence, sa soeur créant un barrage autour du dictateur pendant que lui prenait la direction des opérations. D'ici à imaginer que c'est lui qui tire désormais les ficelles à Pyongyang, encadrant (emprisonnant ?) un Kim Jong-Il affaibli avec l'aide de sa soeur... Et Jang Sung Taek jouerait donc la carte Kim Jong Nam, qu'il fait nommer désormais "général de l'étoile du matin". Jong-Nam qui reçoit également le soutien de principaux leaders du parti comme Lee Jeh Gang et Lee Yong Cheol. Et du gouvernement chinois qu'il courtise depuis de nombreuses années.
En face, les deux plus jeunes frères Kim ne semblerait pas s'apprécier suffisamment pour répliquer. Jong Chol est réputé réservé mais jouant sa carte pour accéder au pouvoir. Jong Un (dont il n'existe pas de photo, mais juste ce dessin), a lui la réputation d'être autoritaire et sur de lui. Jong Chol n'ayant pas réussi à s'imposer complètement (même si des badges à son effigie ont surgi ces derniers mois parmi les officiels...), Jong Un aurait comment à jouer sa carte perso en 2004.
En 2004, en effet, après la mort de sa mère à Paris, Kim Jong Un aurait tenté de faire assassiner son demi-frère Kim Jong-Nam, avec l'aide d'une unité spéciale du Parti... Projet intercepté par les services secrets autrichiens (Kim Jong aurait préparé son coup depuis la Suisse). Kim Jong Nam est-il rancunier ? En tout cas beaucoup de questions se sont posées l'été dernier, lorsque Kim Jong Un, cette fois, a eu un accident de circulation, au mois d'août dans les rues de Pyongyang, dont il est sorti légèrement blessé. Un accident de circulation à Pyongyang, sérieusement...
Cette guerre entre ses héritiers auraient poussé Kim Jong-Il à accélérer les choses. L'accident de son fils préféré aurait même pu, selon certaines sources sud-coréennes, être à l'origine de son accident cérébral à la même période. Et depuis il tenterait d'imposer Kim Jong Un comme successeur pour faire barrage à son beau-frère, allié à son fils aîné. La compagne actuelle de Kim Jong-Il, Kim Ok, de plus en plus influente à la tête du pouvoir depuis les ennuis de santé du dictateur, pousse elle aussi depuis l'été dernier le cadet des Kim. Avec en tête l'idée d'être régente de ce jeune homme de 24 ans. Avec Jong Nam, 37 ans, elle serait immédiatement éloignée du pouvoir.
Tout cela est un peu compliqué, mais on peut imaginer que l'ambiance des réunions de famille des Kim doit être intéressante. Et qu'à Séoul et Washington, on observe cela avec beaucoup d'attention. Que va décider l'Armée ? Va-t-elle suivre d'un seul homme un des fils ? Va-t-elle se déchirer ou jouer une carte issue de ses rangs ? Kim Jong-Il semble passer beaucoup de temps à inspecter ses généraux, ces temps-ci. Des généraux qui posséderaient, selon les dernières estimations, jusque 5 bombes nucléaires...