tinou

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Re : Histoire des Civilisations
« Réponse #30, le 22 Août 2005 à 13:58 »
La suite : du concret cette fois, pour nous reveiller des discussions parfois bien futiles de ces dernieres heures

Reportage : Visite d’un village aïnou : Porotokotan.


Comme la partie précédente à essayer de le montrer, les Aïnous et leur culture sont en voie de disparition depuis trop longtemps. Le gouvernement japonais, depuis notamment les lois de 1984 et de 1997, a versé des fonds pour promouvoir cette culture, et un des résultats de cette action, nous pouvons le voir notamment à travers ce village de Porotokan, et de son musée, renommé comme le plus intéressant du pays sur la question. A quoi cela ressemble t-il concrètement ?

Localisation : Shiraoi, Hokkaidô (voir carte).
Site Web : http://www.ainu-museum.or.jp


Figure 1 - Shiraoi sur la carte

Ce petit groupe de maisons qui fut apparemment un des plus grands village aïnous de Hokkaidô, est construit au bord d’un lac, le tout à quelques encâblures de la côte (2 kilomètres environ), ce qui n’est guère étonnant lorsqu’on sait à quel point la rivière, et plus généralement les ressources produites par l’élément aqueux sont importantes pour les Aïnous. Porotokotan est en fait assez petit finalement, une dizaine d’habitations traditionnelles, un musée et quelques attractions annexes comme un petit espace zoologique présentant des chiens originaires de la région, ou les fameux ours, animaux-divinités fétiches des Aïnous.

 
Photo 1 - L’entrée du village

L’atmosphère qui règne dans le village est assez étrange, nous sommes en fin de matinée, le temps est éblouissant, mais tout est étrangement calme. Les haut-parleurs émettent un son assez particulier, tribal, comme j’allais m’en rendre compte par la suite. Le vent glacial balaie la grande allée principale, pressant les quelques personnes au dehors à l’intérieur des bâtisses. Je commence ma visite par le musée.


Première impression : il est grand ce musée, en particulier si l’on compare avec tout ce que l’on peut voir à Sapporo sur le sujet par exemple. La visite commence par de grands panneaux présentant le mode de vie des Aïnous, la pêche, la chasse, la vie de tous les jours au village. Mais la chose qui attire vraiment mon attention, ce sont plutôt tous les objets, réels, exposés au public : bijoux, vêtements traditionnels, arcs, instruments de musiques… C’est très surprenant car cela “choque ” culturellement avec ce que l’on est en droit de s’attendre dans un pays comme le Japon. Cette découverte du concret est vraiment une expérience intéressante : on apprend par exemple qu’une coutume voulait que les femmes portent une “ moustache ”, plutôt ocre (genre ériné), peinte au dessus des lèvres.

 
Photo 2 - Bijoux aïnous

Sont également présentés divers outils utiles à l’agriculture, à la pêche, à l’artisanat etc. On apprend par exemple que pour pêcher le saumon, on pouvait disposer une petite installation de bois jouant le rôle d’“ enclos ” dans la rivière remontée par le poisson. Il ne reste alors plus qu’à “ récolter ” les prises. Il arrivait aussi parfois que les aigles se servent allègrement dans ce garde-manger ! En mer, on pêchait par exemple les espadons à l’aide de grandes lances munies d’une imposante pièce métallique en forme d’hameçon au bout.

 

 

Photos 3 et 4 - Outils de chasse, armes

Tout au long de la visite sont exposés de gigantesques dioramas grandeur natures reconstituant des scènes clés de la vie chez les Aïnous. Tout ceci est extrêmement bien fait, avec par exemple des petits artifices, animations, jeux de lumières pour présenter les scènes de vie du village, entre le lac et la profonde forêt… On s’y croirait vraiment, et nul doute que l’on prend conscience de la spécificité de cette culture, ou tout du moins celle d’un endroit comme Hokkaidô à travers ces scénettes. Les photos rendent évidemment moins qu’en vrai, mais voici quand même un petit aperçu :



Photo 5 - Chasse à l’ours


Photo 6 - La vie au village

Une autre chose qui marque dans cet endroit, c’est le nombre de types de vêtements différents  présentés. Les Aïnous portent des sortes de kimonos faits à partir de peaux d’animaux (ce qui se voit beaucoup plus par exemple dans le cas des Aïnous de Sakhaline), ou de tissus qu’ils fabriquaient eux-mêmes (ou qu’ils ont plus tard “ importé ” des japonais), avec des manches sans doutes moins larges que son homologue japonais, le tout étant plus près du corps, vraisemblablement pour des raisons climatiques. Sur le dos sont représentés des dessins et figures géométriques variées et vraiment jolies. Le genre de motifs que l’on retrouve parfois dans d’autres cultures comme celles des Indiens d’Amérique ou même en Polynésie… Les pieds sont quant à eux protégés par des sortes d’espadrilles en fibres végétales assez épaisses… Ça doit faire un bruit sympa quand on marche dans la neige avec !

 
Photo 7 - Des habits aux motifs géométriques

Evidemment, tout un tas d’explications sont disponibles à l’accueil, et il ne faut vraiment pas hésiter à demander à ce niveau là, tout le monde est très gentil et compréhensif. On apprend ainsi que quelques objets exposés ne proviennent pas du folklore aïnou, mais ont été fabriqué par des Nivkh, une peuplade du nord-est de la Mandchourie (bassin de la rivière Amur) et qui avait eu des contacts avec les Aïnous (cf. partie précédente). Il y a aussi toute une librairie avec des livres sur le sujet, malheureusement tous en japonais, sauf un livre en anglais, mais plutôt destiné aux enfants. Dommage.

Au sortir du musée, je vais jeter un œil aux ours en cages, qui sont quand même rudement impressionnants au niveau carrure. Les voir en cage peut laisser perplexe : en restant très terre-à-terre, on pourrait voir ça comme un “ dieu emprisonné ”. Les Aïnous, tout comme beaucoup de gens je pense, préfèreraient sans doute les savoir en liberté plutôt qu’ici. Enfin, ma réflexion s’interrompt quand le haut-parleur annonce qu’une discussion avec des Aïnous va commencer sous peu dans une des huttes du village. Voilà qui promet !


Photo 8 - Le village

Je me dirige donc vers une de ces maisons traditionnelles. Il fait frais et bon à l’intérieur (il fait quand même plus chaud que dehors) ; l’endroit est large et composé d’une grande pièce principale. Au milieu de la pièce, une petite estrade, avec en son centre un foyer : une petite flambée réchauffe les lieux. Une personne vêtue avec le même genre de vêtements que l’on peut voir dans le musée accueille tout le monde, et les fait asseoir sur des bancs disposés devant l’estrade. Je m’assois à mon tour et lève les yeux au plafond : il est très haut, et des dizaines de poissons sont suspendus, en train de sécher, au dessus de nous. L’homme en habit traditionnel est donc un Aïnou, et il est censé nous raconter l’histoire de ce village, et à fortiori, du peuple aïnou. Le tout est évidemment très vulgarisé, et “ caressé dans le sens du poil ”, entendez par là que les japonais ne seront pas choqués…


On nous explique quelque choses que je m’étais gardé de vous dire jusque là : la construction des maisons. En fait, les maisons de Porotokotan sont plus grandes qu’à l’accoutumée et ce, pour pouvoir recevoir le plus de gens possibles. Rien ou presque n’est laissé au hasard quand on construit une maison chez les Aïnous. Les fenêtres sont ainsi toujours localisées au même endroit, presque toujours au nombre de trois : deux dans la direction est, et une dans la direction du sud, qui a une connotation divine. L’entrée étant toujours située à l’ouest. Jamais donc de fenêtres au nord. Regarder dans la maison par la fenêtre sud est un tabou : seuls les mauvais esprits le font. Notez que les Japonais ont aussi des “ tabous directionnels ” : la direction nord-est est par exemple source de mauvaise chance, on évite de construire des maisons dont l’entrée se situe face à cette direction. La construction de la maison est simple : on construit une charpente en bois en attachant des poteaux de bois par brelage. Ensuite on recouvre le tout par d’épaisses nattes constituées de branches et de fourrages. Je n’ai pas vu de maisons faites en chaume.


Schema 1 - Plan d'une maison aïnou

Les explications de notre hôte sont très intéressantes ; il n’hésite pas à revenir sur l’actualité des Aïnous, de leur lutte pour la préservation de leur culture. Le public pose d’ailleurs des questions pleines de bon sens, il y a une bonne interaction je trouve. Il nous raconte aussi une légende sur l’Ours, puis nous parle du rôle de la musique chez eux. Nous allons avoir droit à une petite démonstration : des femmes elles aussi vêtues en habit traditionnel rejoignent le centre de la pièce. Elles se présentent, nous disent qu’elles sont elles aussi des Aïnous, et nous montrent un instrument : une espèce de guimbarde assez grande. Accompagné au chant par son amie, la première femme nous fait montre de son talent. C’est vraiment très particulier comme son, à la frontière du didjéridoo des aborigènes d’Australie, et de la guimbarde, donc. S’ensuit des chants, des percussions, à chaque fois données par de nouvelles personnes arrivant au fur et à mesure. Une danse traditionnelle autour du feu vient conclure cette rencontre. Je vous renvoie aux photos, même si évidemment, sans le son, cela ne vous donne qu’une petite approche de l’ambiance réelle.

 
photo 9 - Une envoutante mélodie…

 
photo 10 - Danse avec les saumons


Une impression douce amère me traverse à la sortie de tout ça. Je suis content, car après tout, j’ai appris une foultitude de chose et enfin pu voir quelque chose de concret sur le sujet, même si évidemment, ce site est un site touristique avant tout. L’entrée du village (et donc la sortie) se fait ainsi par un immense corridor de magasins touristiques vendant tout et n’importe quoi aux touristes. Cet endroit ressemble quand même plus à un Disney-Aïnou qu’autre chose, les japonais eux-mêmes le reconnaissent. La possibilité de rencontrer des Aïnous, de parler avec eux (ce fut vraiment le cas, en raison peut-être du nombre réduit de visiteurs) est vraiment une perspective intéressante. Mais quand on lit le prospectus descriptif du musée, on préfère se référer “ au temps qui passe ” plutôt qu’à la violente politique assimilationniste japonaise à l’origine de la disparition de ce peuple. Ce village a bien pour but de présenter ce qu’est le folklore aïnou, et non d’expliquer l’histoire. Le musée est vraiment excellent, et vaut à lui seul le détour. Le site est touristique, certes, mais pas tellement non plus : j’y suis allé un jour de très beau temps au début de la Golden Week, et pourtant, il y avait peu de monde. Avant d’entrer dans ce village, on peut faire une petite promenade d’une heure et demie au tour du lac qui borde le village. Cela m’a personnellement aidé à me mettre dans l’ambiance, réalisé que j’avais quitté la ville, que les grands espaces de Hokkaidô sont là. Le vent balayant l’horizon, la lumière irréelle, les montagnes enneigées au loin, le silence, enfin, même au milieu du parc… Le cadre de vie des Aïnous n’a pas vraiment disparu, lui.


http://www.ainu-museum.or.jp : le site du musée aïnou de Shiraoi
Toutes les photos sont ©copyright jolan

Exposé rédigé par Jolan, Juin 2004
Re : Histoire des Civilisations
« Réponse #31, le 23 Août 2005 à 15:47 »
Et bien... on peut pas dire que cela vous ai enthousiasme!

Bon je finis :

Conclusion - Les Aïnous et les Peuples du Nord


Le but de cette dernière partie est de resituer l’histoire, le peuple, la culture des Aïnous dans un contexte plus large que celui du Japon. Sortir des frontières est une des premières choses que l’on fait quand on s’intéresse à ce pays. On s’intéresse à la Chine, à la Corée bien sûr, mais on a parfois tendance à oublier la réalité de la région : le Japon est un long pays, plus de 3000 kilomètres du Nord au Sud, et la culture, le mode de vie des gens subit autant de variation que l’on parcoure de latitudes. Les parties précédentes se sont focalisées sur les Aïnous en tant que peuple du Japon, celle-ci va essayer de s’intéresser aux Aïnous en tant que peuple du Nord.


L’appellation « Peuple du Nord » n’est pas un nom standard, mais il revient assez souvent lors de l’étude des Aïnous. Concrètement, on entend par Peuple du Nord toutes les ethnies qui s’étendaient jadis ou qui s’étendent encore au nord du globe. De la Laponie, le nord de la Finlande, la Sibérie, le Nord de la Mandchourie, la Mer d’Okhotsk, le Kamtchatka, le détroit de Béring, l’Alaska, le Nord du Canada, jusqu’au Groenland. Il n’est par ailleurs pas question de tracer de frontière précise, mais plutôt de donner une idée des régions concernées.
Quand on s’intéresse aux Aïnous, et plus particulièrement à leur origines, leur histoire anthropologique ou ethnologiques, nous pouvons tomber, comme nous l’avons vu dans la première partie, sur des théories et des hypothèses parfois très différentes. Mais ce qui nous intéresse ici concerne la pluralité et la diversité des ethnies qui vivaient dans le secteur.

Les Aïnous ont eu des contacts avec d’autres peuples, parfois voisins, parfois vivant sur le même territoire qu’eux (l’île de Sakhaline par exemple, voir en particulier la partie histoire de l’exposé). En s’intéressant à l’étude ethnologique ou linguistique de ces peuples, on constate souvent de grandes similitudes avec les Aïnous, mais aussi parfois des différences, sur leur culture, leur vision du monde par exemple. La figure suivante donne un aperçu des peuplades de ces régions.


Figure 1 – Les peuples du nord du Pacifique

Mais s’il est un domaine où l’on prend particulièrement conscience de ces similitudes, c’est bien celui de l’artisanat, induisant presque une continuité culturelle depuis la Sibérie jusqu’aux côtes du Pacifique. Malgré les contacts avec les Coréens ou les Japonais, l’art aïnou est plus proche des styles nordiques, comme en témoigne par exemple l’utilisation de formes géométriques similaires sur les vêtements et les textiles en général, récurrente chez les Aïnous, les Nivkhs, les Oroks ou les Nanais (Ulchis). Quand on regarde la géographie de la région, et quand on sait que l’hiver venu, la glace recouvre presque complètement les bras de mer séparant Sakhaline du continent russe ou même de Hokkaidô, on imagine assez facilement la faisabilité des échanges culturels entre peuples voisins. On parle même parfois de culture d’Okhotsk dans le cas de ces peuples. Les systèmes d’écritures semblent absents de la plupart de ces cultures, ou alors introduit tardivement, voir récemment (début du 20ème siècle pour certains), plus dans un souci de survie de la culture qu’évolution naturelle : les Nivkhs ont ainsi utilisé l’alphabet latin pour retranscrire leur langue, avant de se tourner vers l’alphabet cyrillique. Le mode de subsistance semble, jusqu’au début du siècle dernier, le même pour tous, même si il est fonction de la géographie : les Oroks chassaient le renne et l’orque par exemple.


Les différences d’un peuple à l’autre se ressentent quand on change radicalement d’endroit, par exemple quand on passe du nord de la Mandchourie au Kamtchatka, où anthropologiquement et culturellement parlant, les traditions et modes de vies se rapprochent de ceux des Esquimaux du nord du continent américain, et des peuples des îles Aléoutiennes. Mais les Aïnous des îles Kouriles ont également accosté le sud du Kamtchatka, où ils ont pu là encore interférer avec des natifs de cette région, comme les Itelmens, dont les ancêtres auraient eu des contacts avec les ancêtres des Indiens d’Amérique. Pareillement, les chercheurs envisagent que les Aïnous et les Aléoutes (natifs des îles Aléoutiennes) eussent des contacts. Selon Patkanov, quelques Aïnous comprenaient (au sens où ils auraient appris) la langue des Aléoutes, qui est beaucoup plus proche de celle des Esquimaux que des langues de Sibérie continentale, et à fortiori de l’aïnou. En revenant à l’artisanat, certaines similitudes dans les techniques employées pour la manufacture d’objets tels les paniers ou corbeilles par des Esquimaux du sud-ouest de l’Alaska et des Aïnous sont presque identiques, tout en différant de celles de la culture d’Okhotsk.
La figure 2 présente deux motifs tissés sur le dos de vêtements, l’un aïnou, l’autre nanai. Dans ce dernier cas, on peut retrouver les traces d’une influence chinoise dans le dessin (design t’ao-t’ieh), en tout cas continentale (les Nanais vivaient dans la région de la rivière Amur). Les dessins sont dans les deux cas purement décoratifs, et ne représentent pas une divinité ou un animal en particulier. Le motif aïnou est une « spirale » (morew) avec des motifs d’épines, sensé protéger le porteur du vêtement des mauvais esprits, aux encolures ou points vulnérables par exemple.


Figure 2 – Motif aïnou à droite, nanai à gauche : plus on s’éloigne du continent, plus la géométrie est présente.

On retrouve également des similitudes entre les cultures indiennes du nord-ouest du continent américain et aïnous dans les cultes traditionnels, comme par exemple les cérémoniaux liés au saumon. Démontrer, prouver ces contacts n’est pas une chose aisée, de par leur ancienneté. Cependant, dans le cas des Aléoutes par exemple, les similitudes observées pourraient découler de contacts beaucoup plus récents, quand les commerçants de fourrure Russes amenaient des chasseurs aléoutes depuis l’Alaska jusqu’en Sibérie. Notez que toutes ces similitudes concernent plus les Aïnous de Sakhaline et des Kouriles que ceux de Hokkaidô, beaucoup moins influencés par ces cultures du Nord de par le fait que leur milieu de vie n’avait pas les conditions de ceux des forêts boréales, même si son climat est souvent qualifié de subarctique, ou arctique doux.

Nos Voisins les Nivkhs :

Focalisons-nous un petit peu sur les Nivkhs, qui vivaient aux côtés des Aïnous (Sakhaline). Modes de vie et de subsistance semblable, on constate également une importance toute particulière accordée au chien. Elevés et utilisés comme moyen de transport, les chiens servaient non seulement pour des raisons économiques, mais aussi religieuses : les Nivkhs sacrifiaient des chiens aux esprits des Montagnes, de l’Eau, du Feu…L’univers est pour eux composé d’un monde supérieur, dans les cieux, d’un monde dit « milieu », l’univers des hommes, et d’un monde souterrain, celui des morts. Le monde des humains est divisé en trois parties, toutes sur un même niveau (vision horizontale) : le territoire des hommes, le monde de la Montagne (et/ou Forêt), et celui des Eaux (l’océan, la rivière). Chaque monde aurait son esprit, son Maître, se manifestant à travers les animaux par exemple : l’ours pour la montagne, l’orque pour l’océan. Les trois mondes sont liés par une relation d’échange : le Maître des Eaux envoient du poisson aux humains, celui de la Montagne envoie des Ours. Les humains donnent des fruits, et retournent leurs os aux créatures tuées et mangées par ces habitant qui partagent leur monde. Les animaux ne sont ainsi pas des divinités, mais des entités commandées par les Maîtres. Les Nivkhs, tout comme les Aïnous, ont un festival de l’ours, presque semblable. Mais au regarde de ce qui vient d’être développés, on comprend que les Nivkh célèbrent l’ours non pour l’animal en lui-même, mais pour son rôle de médiateur avec le Monde de la Forêt et de la Montagne. Les Aïnous, eux, vénèrent la divinité Ours. Une dimension sociale est aussi rattachée à ce festival chez les Nivkhs : pour les mariages, l’hommage faits aux ancêtres d’une même lignée… Les morts ne deviennent pas des divinités, et l’âme se réincarnent plusieurs fois, mais n’est pas immortelle (retour à l’état de plante, ou de poussières).


Figure 3 – La pêche, principale activité économique des Nivkhs

Ces différences culturelles entre de si proches voisins, Aïnous et Nivkh suggèrent une incroyable diversité de concepts, de cosmologie, de cultures parmi tous ces Peuples du Nord. Le nord de la Sibérie voit ainsi une abondance de cultures liées à la forêt boréale, la chasse, la cueillette, le sédentarisme, tandis qu’au sud, dans les steppes, le nomadisme dominera, et l’on accordera moins d’importance par exemple au lien entre la religion et l’écologie qu’est l’animal. Moins égalitaires, les distinctions entre le bien et le mal sont accentuées.


Une destinée tristement commune

Tous ces peuples partagent une chose en commun : le destin que leur a réserve l’histoire. Toutes ces cultures sont en train de disparaître, et pour certaines, le cas des Aïnous est presque à envier. Les Russes, mais aussi les Chinois d’un côté, les colons américains de l’autre, ont provoquées la disparition progressive du territoire de ces populations. Décimées par la maladie, mais aussi la famine (notamment pendant la guerre civile en Amérique), l’alcoolisme, toutes ces populations ont diminuées en nombre. La fin du 20ème siècle à cependant vu le commencement d’une nouvelle ère pour les Natifs Américains, les Aïnous et beaucoup de minorités autochtones dans le monde. Luttes pour la préservation des cultures, de la diversité, la route est encore longue, espérons qu’elle aille dans le sens de l’humanisme.


Conclusion finale

Cette dernière partie vient conclure en quelque sorte cet exposé consacré aux Aïnous. Comme ce dernier, il n’a aucune autre prétention que de vouloir susciter chez le lecteur la curiosité, l’invitation à découvrir ces cultures du bassin du Pacifique Nord que l’on (nous ou les medias) a tendance à oublier parfois lorsqu’on s’intéresse aux civilisations et aux cultures de notre monde. En ce qui concerne les Aïnous, énormément de choses sont encore à dire, de pans culturels à développer, notamment l’art et l’artisanat. Il est intéressant de constater combien l’étude de la culture japonaise est fascinante, et surtout jusqu’où elle peut nous mener. Ne pouvant être exhaustif, nous espérons vraiment que ce qui a été suggérer dans cet exposé vous donnera envie d’en savoir plus.

Sources :

Internet :

http://www.eki.ee/books/redbook/ : un excellent site présentant tous les peuples et les langues parlées en Russie.

http://www.raipon.org/Web_Database/nivkh.html : une bonne introduction sur les Nivkhs.

http://nrsm.nsc.ru:8101/sibir/abor/aleut/aleutq.htm : le peuple des Aléoutes en quelques mots.

Bibliographie :

- Yamada Takako : The World View of the Ainu,2001, Kegan Paul.
- William W.Fitzhugh et Chisato O.Dubreuil : Ainu : Spirit of a Northern People, 1999, University of Washington Press.


Figures 1 et 2 : © William W.Fitzhugh et Chisato O.Dubreuil : Ainu : Spirit of a Northern People, 1999, University of Washington Press.
Figure 3 : © http://www.raipon.org/Web_Database/nivkh.html


Exposé rédigé par Jolan, Juin 2004
Re : Histoire des Civilisations
« Réponse #32, le 23 Août 2005 à 15:48 »
Je ne sais pas pourquoi les images ne marchent pas dans ce dernier post...  :mouais:
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Kian

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #33, le 23 Août 2005 à 15:57 »
Tu fais du hotlink, et leur serveur doit être configuré pour le bloquer. Utilise ImageShack pour heberger les images et refais les liens ;)
(NB : je me réserve la lecture de tout ça pour quand je serais bien posé et non en train de bosser et surfer en même temps, ça m'a l'air bien interessant  :jap: )

Amnounet

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Re : Histoire des Civilisations
« Réponse #34, le 23 Août 2005 à 16:01 »
Je n'ai pour le moment lu que la première partie avec beaucoup d'attention, mais comme Kian, je me réserve leur lecture pour des moments où j'ai un peu de temps devant moi ... ;)

tinou

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Histoire des Civilisations
« Réponse #35, le 2 Janvier 2006 à 19:11 »Modifié le 2 Janvier 2006 à 19:13 par tinou
Les chroniques du tinou en visite au musee Guimet.

Le musee Guimet, c'est un musee qu'il est bien pour les gens qui veulent s'en prendre plein la vue niveau art  (si on peut qualifier d'art tout ce qui touche a la representation du religieux, mais ceci est un autre debat...) asiatique. Personnellement, la visite d'aujourd'hui a du etre la troisieme ou quatrieme dans ma vie. C'est toujours interessant car il y a toujours plein de trucs qu'on avait jamais vu auparavant, ou alors sous un autre angle, etc. Bon, mais aujourd'hui, j'ai quand meme remarque un truc pas si anodin que cela.

Si vous voulez, ce que j'aime dans ce musee, c'est qu'il reste juste et correct dans l'idee qu'il propose de l'Asie. L'immense Chine en est presque le centre nevralgique, et ce n'est vraiment pas etonnant vu la taille du pays, de son histoire, de sa culture. C'est un peu pareil pour toutes les sculptures sur pierre nous venant d'Asie du Sud Est a commencer par la vallee de l'Angkor. Pareil pour l'Inde. Au milieu de tout cela, le Japon occupe bien evidemment une place plus modeste, mais place quand meme. A sa juste valeur dira t-on, car bon, le Japon, aussi a la mode soit t-il, ne represente pas enormement quand on le ramene a l'echelle de l'Asie. C'est un peu comme si dans un musee consacre a l'art europeen, on ait beaucoup de peintures francaises, italiennes et flamandes, beaucoup de musiques allemandes, et puis une plus petite piece, mais piece quand meme, consacree au Luxembourg, ou au Portugal.

Mais la ou le bat blesse, c'est quand on se rend a la boutique du musee: le Japon occupe subitement une place quasi-preponderante! Presque tout ce qui est image, peintures ou autre sont domines par le diktat d'Hiroshige. C'est a peu pres la meme chose pour les livres avec beaucoup de  choses consacres au Japon finalement. Le Japon est bankable, ca on le savait a la rue Keller depuis des annees. On le lisait dans les boutiques de Naruto, on le mangeait dans les restaurants japonais tenus par des coreens et des chinois qui haissent pourtant le Japon. Meme si j'ai l'impression que dans tout ce qui touche a la peinture, le Japon a toujours occupe une place de premier plan dans le coeur des francais, cette nippo-mania generalisee me decoit quand meme parfois un peu, car elle eclipse bien des choses.

Le Nippo-fan que l'on croisait a cartoonist Toulon, garcon, mal rase, avec en general une activite des glandes sudoripares et sebacees assez notables, anorak a ski, sac a dos sur les deux epaules, sac en plastique plein de goodies et d'artbooks, cheveux longs, t-shirt Linux ou GNU en option... bon le specimen quoi, accompagne a l'occasion  de son grand voisin (ou voisine) maigre maitrosaixuail-goth-pouf-visual, et bien ces gens la, on les croise aussi maintenant au coin consacre au Japon (et je suis pret a parier que les fans du Nouvel Angyo Yoshi s'egarent parfois devant les masques coreens)! En tout cas j'en ai vu deux aujourd'hui...

Non mais moi je trouve ca bien!!! Il faut que les gens s'ouvrent un peu...

Ce que je trouve dommage, c'est au niveau de cette boutique...  :thumbdown2: Meme si il traduit une realite economique inherente a l'Asie: le Japon a economiquement beaucoup plus de sou que ses voisins pour exporter, et vendre sa culture.
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iDam

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #36, le 3 Janvier 2006 à 15:13 »
Pas faux pour la boutique, du moins sur les présentoirs. Une fois que tu regardes les rayonnages, c'est tout autre chose.
Citation
(si on peut qualifier d'art tout ce qui touche a la representation du religieux, mais ceci est un autre debat...)
L'art est né avec la religion pour représenter l'invisible, c'est tout ;)

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tinou

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Histoire des Civilisations
« Réponse #37, le 3 Janvier 2006 à 17:56 »
Ben pour les rayonnages, pas tant que ca non... Beaucoup de choses consacrees a Kyoto, aux estampes, a la calligraphie japonaise...

Et bien moins de choses consacrees a la Chine uniquement. La plupart du temps c'est Asie, Orient...

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Luna

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #38, le 8 Mai 2006 à 02:17 »
Bon je me lance pour le Up de ce topic.  :sweatdrop:
Je suis en train de réécrire mon dossier sur le continent de Mu, et pour l'antithèse de mon dossier, j'ai besoin de renseignements concernant l'histoire de certaines civilisations. J'aimerai savoir si l'un d'entre vous est/connaitrait un historien/étudiant en histoire des civilisations afin de lui poser des questions qui m'aideraient à etoffer mon dossier et ainsi étayer ou bien réfuter les théories de James Churchward sur la potentielle existence du continent de Mu.

Merci d'avance à tous ceux qui pourront m'aider.

iDam

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Matsya

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #40, le 9 Mai 2006 à 19:28 »
Citation de Luna le 8 Mai 2006 à 02:17
Merci d'avance à tous ceux qui pourront m'aider.
Pourquoi ne pas tenter d'écrire par mail à des profs de fac d'histoire et/ou à des musées ?
                             

iDam

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Luna

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #42, le 9 Mai 2006 à 21:13 »
Merci pour le lien et pour l'idée Damien.
J'ai suivi ton conseil et viens d'envoyer une dizaine de mails en espérant avoir au moins une personne qui me répondra par la positive. J'ai déjà ce qu'il me faut d'un point de vue géologique (merci à RoiLion ;) et à Teejay) me reste plus que le point de vu d'un historien pour finir mon dossier.  :sweatdrop:

Matsya

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Luna

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Re: Histoire des Civilisations
« Réponse #44, le 10 Mai 2006 à 08:42 »
Bien sur ;)
Ainsi vous pourrez me dire ce que vous en pensez.  :sweatdrop: