Emmanuel Macron Président de la République

FinalBahamut

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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #210,  »
Toi aussi, apprends à jouer au Président de la République.
Le pays est en crise ? Tu ne sais plus quoi inventer pour faire diversion ?

Allons allons, il te reste encore ce joker, aussi durable que le plastique dans nos océans :
Citation
« Qu’est-ce qu’être français ? » : Emmanuel Macron engage le débat sur l’identité
https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/12/22/qu-est-ce-qu-etre-francais-emmanuel-macron-engage-le-debat-sur-l-identite_6064196_823448.html

Abracadabra ! Et hop !


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Un appendice ne sert pas forcément à rien. Chez moi, TOUS les appendices servent  :classe:


Mise a jour du blog le 27/12/06

FinalBahamut

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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #214,  »
Si on se met à la place de Macron.

Il veut se faire réélire en 2022.

Il sait très bien qu'il pourra pas nous refaire le coup du progressiste.

Ca serait de toute façon inutile stratégiquement.

Parce que la gauche n'existe plus dans le paysage politique.
Et parce que l'électeur de gauche : ou il préfèrera toujours voter Macron que Le Pen (le barrage au fascisme, bla bla, tout ça), ou il s'abstiendra (parce que bon, on peut aussi se demander comment Macron va réussir à se différencier de Le Pen après son œuvre).

Donc, jouer au progressiste ne sert pas à grand chose. Tout est déjà en place à gauche.

En revanche, l'électeur de droite, c'est pas gagné.
Parce que l'électeur filloniste, lui, il trouve quand même que Macron n'en fait pas assez sur la "tradition", la "sécurité"... d'où le discours "étrange", d'où son "le Pétain de 40 n'était pas top, mais faut pas oublier celui de 14-18"...

Tous ces clins d'oeil pour essayer de rassembler la droite orléaniste et la droite plus "dure" se multiplient et aboutissent à ce brouet étrange.

La course des petits chevaux est déjà lancée...
Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #215,  »Modifié
Un lien vers l'interview complète.
https://drive.google.com/file/d/11es5iVE9yqx2FdBhaoYm6Lt60pqZpoH-/view

Non pas intéressant pour ce qu'il dit seulement, mais comment il le dit ^^

Cette phrase là résume la profondeur de la pensée complexe de Macron :
Citation
Il me semble qu'être français, c'est d'abord habiter une langue et une histoire, c'est-à-
dire s'inscrire dans un destin collectif.
Un génie de la pensée !



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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #216,  »
Citation de Ryô le 23 Décembre 2020 à 08:54
Tout ceci semble relever d'une stratégie très bizarre. Entre ça et les profs de fac qui font le lit du terrorisme...
Surtout ces gauchistes de sociologues !

Tu sais,  quand je lis les reproches, j'ai l'impression de voir l'alliance entre les outrances amalgamique de l'extrême droite et la condescendance classique des enarques/normaliens sur les humanités... avec  le secours de quelques universitaires des humanités ayant de gros griefs sur des "cibles".

Une alliance assez effrayante et tragique,  quelque part montrant que nos sociétés sont de moins en moins aptes à la contreverse.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #217,  »
Citation de FinalBahamut le 23 Décembre 2020 à 09:52
Si on se met à la place de Macron.

Il veut se faire réélire en 2022.

Il sait très bien qu'il pourra pas nous refaire le coup du progressiste.

Ca serait de toute façon inutile stratégiquement.

Parce que la gauche n'existe plus dans le paysage politique.
Et parce que l'électeur de gauche : ou il préfèrera toujours voter Macron que Le Pen (le barrage au fascisme, bla bla, tout ça), ou il s'abstiendra (parce que bon, on peut aussi se demander comment Macron va réussir à se différencier de Le Pen après son œuvre).

Donc, jouer au progressiste ne sert pas à grand chose. Tout est déjà en place à gauche.

En revanche, l'électeur de droite, c'est pas gagné.
Parce que l'électeur filloniste, lui, il trouve quand même que Macron n'en fait pas assez sur la "tradition", la "sécurité"... d'où le discours "étrange", d'où son "le Pétain de 40 n'était pas top, mais faut pas oublier celui de 14-18"...

Tous ces clins d'oeil pour essayer de rassembler la droite orléaniste et la droite plus "dure" se multiplient et aboutissent à ce brouet étrange.

La course des petits chevaux est déjà lancée...
Je crois que c'est bien résumé.

À "goche" de gouvernement (entendre PS, écolos, PC et mélanchoniste), chacun y pense en se rasant et se voit même en haut de l'affiche. Du coup chacun va partir avec son écurie (et son melon)… Sauf qu'une analyse politique simple permet de dire que même unis, c'est quasi-perdu pour eux. Pourquoi? Car les classes populaires qui votent à gauche ont voté Hollande en 2012 et ont été trahis. Elles ont voté Macron en 2017 comme héritier de Hollande et elles ont été trahis. Or l'électorat populaire évolue. Il y a 40 ans, avec l'influence du PC dans les quartiers populaires, un vote "à gauche" allait quasiment de soi. Mitterrand, Jospin, Hollande sont passés, de nouvelles générations ont grandies dans un milieu beaucoup moins politisé (pour plein de raisons) et surtout ont vu les trahisons qu'on subit leurs parents ("le gouvernement ne peut pas tous" ou bien " Ma candidature n'est pas socialiste" ou encore "Mon ennemi c'est la finance", etc, etc). Les partis de gauche de gouvernement ne parlent quasiment plus de justice sociale concrètement. C'est devenu une idée éthérée qui est brandie comme l'est le paradis biblique par les curés, mais jamais il est donné d'engagement sur des mesures concrètes qui seraient prises en cas d'élection. Au lieu de ça, on cause d'enjeux "sociétaux" qui plaisent beaucoup à la bourgeoisie car ils évitent de causer de la répartition des richesses dans la société.

Ceci dit, je pense que vu le contexte actuel, Macron fait une erreur tactique (je ne dirais pas politique, car sur ce plan-là, ce n'est pas une erreur, mais une volonté délibérée) d'aller sur le terrain du FN, car dans un peu plus d'un an, même avec le vaccin, il sera encore les deux pieds dans les suites économiques de la pandémie. Et franchement, vu la casse économique certaine qui va se produire (les commerces, les restos, les bars, les boîtes de nuit, des entreprises diverses) son duo de Laurel et Hardy avec la Marine, il risque de ne pas le gagner. Ceci avec en arrière-fond une abstention très forte et en même temps potentiellement une vraie agitation sociale.

Après, je vous invite à lire les articles du Monde Diplomatique de ce mois qui tente d'expliquer comment Robert Ford est devenu maire de Toronto et comment de la même façon des noirs ont voté pour une personnalité ouvertement raciste comme Trump. Je ne partage pas du tout l'analyse qui est faite (quasiment ouvertement "les minorités seraient trop bêtes pour voir que c'est du racisme"), mais il me semble que ces phénomènes sont importants, ont une explication rationnelle, qu'ils risquent de se produire ailleurs et qu'il faut donc essayer de comprendre ce qui se passe.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #218,  »
Macron souligne dans son interview ce sentiment général de blocage.

De blocage politique.

Aujourd'hui, toute politique autre qu'une politique néolibérale est, réellement, impossible.

Impossible car les penseurs néolibéraux puis leurs épigones ont réussi de façon magistrale, à supprimer le futur en installant un système où le marché, partout, décide de tout. A nous enfermer dans un présent sans futur et sans passé.

Pure hypothèse. Mélenchon, un gentil social-démocrate selon moi, arrive au pouvoir. Dans la minute qui  suit, les marchés attaquent la France, ne laissant aucune autre possibilité à Mélenchon que de revenir dans le droit chemin.

On a eu l'exemple de la Grèce avec Syriza.

Donc, oui. La France est bloquée politiquement.

Les élections ne servent strictement à rien.

Macron lui-même voudrait faire une autre politique qu'il ne le pourrait pas.

Et tout programme politique un tant soit peu différent du néolibéralisme qui voudra s'imposer, ne pourra s'imposer qu'avec un peu de casse.

Là, je lis "la société ingouvernable" de Grégory Chamayou.
Comme son nom ne l'indique pas, ça parle de l'ingouvernabilité des entreprises dans les années 70, et comment les penseurs néolibéraux et d'autres ont réussi à mettre en place ce système cadenassé à double-tour et dont on a aujourd'hui jeté la clé.
Ils ont rendu le pouvoir liquide, gazeux, insaisissable, partout et nulle part, et donc inattaquable.


Et j'avoue être admiratif du travail de ces penseurs néolibéraux.

Parce que c'est une vraie réussite, alors qu'ils venaient de loin (ils faisaient dans leur froc dans les années 60/70).

Thatcher avait raison avec son TINA : il n'y a pas d'alternatives possibles aujourd'hui.

Du moins, pas dans le cadre actuel.

On cherche toujours des penseurs progressistes capables de modifier ce système en profondeur de la même façon que les penseurs néolibéraux l'ont fait.

Pour l'instant, on ne voit pas grand chose.

https://lafabrique.fr/la-societe-ingouvernable/



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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #219,  »
Attention, le problème n'est pas le néolibéralisme. C'est le capitalisme.

Entre les années 1940 et 1960 la répartition des richesses au sein du système capitaliste (au moins aux USA, en Europe de l'Ouest et au Japon) a été modifiée sous la pression du prolétariat. Le contexte en 1945 était que l'URSS avait gagné la guerre en Europe. Ceci après la guerre de 14/18 et la crise économique profonde des années 1930. Le capitalisme libéral était très affaibli: les grandes entreprises des pays occupés par le reich avait sombré dans une collaboration éhontée pour enrichir le plus vite possible leurs actionnaires. Je ne parle même pas des entreprises allemandes et japonaises dont les actionnaires ont amassé des fortunes considérables, en fournissant l'armement (Krupp, Siemens, AEG, Kraus-Maffei…), et/ou le matériel pour la solution finale (IG farben entre autres) et qui ont utilisé à grande échelle le travail forcé.

Bref, le capital était discrédité et en plus, il y avait une alternative qui apparaissait possible. Le PC faisait 40% aux élections. Pour sauver leurs miches, les capitalistes ont donc accepté de partager un peu le gâteau: ils ont accepté des niveaux de taxation élevés, la création de couvertures sociales, de salaires minimums, etc. Bref de redistribuer.

Cependant, cette concession n'était que temporaire, le temps que l'orage passe… Et c'est exactement ce qui s'est passé. Dès la fin des années 1960, les USA ont pris progressivement l'ascendant en se lançant dès la fin de la seconde guerre mondiale dans un consumérisme débridé qu'ils ont largement exporté (il fallait bien reconvertir une partie de leur complexe militaro-industriel et fournir du travail aux soldats démobilisés, d'où l'idée de créer des besoins en objets de consommation). À partir du moment où l'URSS a commencé à s'affaiblir (et le processus a débuté en 1956 avec la répression à Budapest puis s'est fait progressivement des années 1960 pour aboutir à 1989) Le capital s'est réarmé. Alors que des années 1945 à la fin des 1960, les théories Keynésiennes étaient dominantes chez les économistes, l'école de Chicago a eu les moyens financiers et politiques de diffuser ses théories néolibérales le plus largement. Le premier test grandeur nature d'application a été la dictature de Pinochet en 1973. Dans ce pays, l'ensemble des équilibres sociaux ont été brutalement modifiés au profit de la bourgeoisie: liquidation de l'état providence, privatisation, suppression des garanties minimales en matière de salaires, de santé, éducation supérieur payante, etc, etc. Ce premier test réussi sur un pays "périphérique" a permis de passer à l'application dans le pays central du capitalisme, les USA et son vassal le plus proche, le Royaume-Uni à partir de la fin des années 1970. Après des luttes plus on moins longues, les travailleurs y ont été défaits et ont globalement perdu de nombreux droits. On a ainsi assisté à l'apparition des travailleurs pauvres, la multiplication des boulots mal payés, l'augmentation irrésistible et sans fin de la pauvreté. Et forcément, dès lors que le cœur du capitalisme s'est mis à fonctionner comme cela, tous les pays n'ont eu d'autre choix que de s'adapter. Pour les pays de l'ancienne Europe de l'Est, la transition a été extrêmement brutale avec une casse délibérée et immédiate des structures économiques et sociales (voir par exemple comment la RFA a vendu à l'encan tout le tissu industriel de la RDA, créé des länder qui ne correspondait à aucun découpage antérieur, cassant en une poignée d'années tout le tissu économique et social. Le nom de la structure chargée de la vente des actifs, la Treuhand a d'ailleurs un fort parfum de scandale affairiste.)

Certains pays ont un peu de retard sur le processus, comme en France, en raison de luttes locales, mais ici aussi, il y a un démantèlement de l'État social: l'école, l'hôpital, etc sont sous-financés. Les inégalités s'aggravent sans cesse. La couverture sociale se rétrécie de plus en plus vite au fil des "réductions de charges" (comprendre diminution de la part socialisée du salaire donc baisse de salaire en fait) et il est probable que le virus va permettre de porter le coup de grâce à la sécurité social telle que nous la connaissons, au profit d'assurances privées. Il est probable que le CDI soit bientôt vidé de sa substance, comme l'a été le statut du fonctionnaire en 2019.

Les seuls gains que le monde du travail a pu obtenir, c'est par la lutte, car la répartition des richesses est un rapport de forces. Les salariés ont obtenu le droit de s'organiser en se battant pour leurs conditions de travail et la IIIe république a dû plier et abolir la loi Le Chapelier qui datait de l'époque révolutionnaire. Cette même république a dû, sous pression, accorder les congés payés en 1936. En 1946, le gouvernement provisoire a concédé la sécurité sociale sous la pression des ouvriers, etc, etc. Et c'est bien sous la pression de la rue que Macron a abandonné la taxe carbone, dont il s'avère que proportionnellement elle aurait beaucoup plus largement frappé les pauvres que les riches… Ce qui est logique puisqu'il s'agit d'une taxe sur la consommation (comme la TVA) Or plus on est pauvre, plus la part du revenu dépensée en consommation est élevée, alors que plus on est riche, plus la part de l'épargne domine dans le revenu.

Moi, je vois très bien l'orientation qu'il faut prendre pour réformer la société dans un sens plus juste. Mais c'est juste que ça sera pas un chemin semé de pétales de roses… Mais ça on le sait depuis Marx et la Commune.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #220,  »Modifié
Quelques précisions :

- Oui, quand on dit "néolibéralisme", on pourrait dire : "le nouveau masque du capitalisme".

- Sur l'historique, le livre (que je n'ai pas encore fini, il est épais le bougre) est un peu plus nuancé, il y a plusieurs dimensions. Il y a bien sûr la dimension "géopolitique", mais pas que. D'abord, tant que le taux de profit était tout feu tout flamme, les capitalistes semblaient plutôt se satisfaire de la situation. De la croissance, des salariés contents qui achetaient... c'était pas l'idéal pour eux mais le business fonctionnait. Quand le taux de profit commença à ne plus être en forme, et que dans le même temps les salariés étaient toujours plus exigeants en conditions de travail, en salaire, etc. Là ça commençait à ne plus aller.
En outre, il y avait un problème de discipline. Les salariés, en période de plein emploi, n'avaient plus peur. Une anecdote citée dans le livre est édifiante. Un salarié à qui on demande pourquoi il ne vient que 4 jours au lieu de 5 au travail, ce dernier répond : "Bah, si je travaille que trois jours, financièrement c'est un peu juste". Génial !
Donc, le patron ne fait plus peur. Le travail ne fait plus peur. D'où problème de "gouvernance" dans les entreprises.

Dans ta présentation des choses, on a l'impression d'un groupe qui a mis sur pieds un plan. Hors, la thèse du livre, c'est que c'est plus compliqué que cela. Il y a eu plutôt assemblage laborieux au début de groupes qui a abouti à ce résultat, mais il n'y a pas eu, en tout cas au début, de coordination.

Le volet économique, le volet psychologique/social (comment rendre inoffensif les lobbys écologistes qui émergeaient dans les années 70, comment contrer les syndicats en les divisant, en mettant en place le fameux "dialogue" qui n'est que la continuation de la guerre sociale par d'autres moyens...).

Comment remettre en place une insécurité sociale pour re-discipliner la masse...

- sur le problème du capitalisme : le livre évoque plusieurs paradoxes qui démontrent que non, l'écologie n'est pas soluble dans le capitalisme (bon, on s'en doutait un peu).
Le paradoxe de Jevons ou l'effet rebond (coucou la 5G), un autre paradoxe dont j'ai oublié le nom qui dit en gros que, comme la valeur dans le monde capitaliste dépend de la rareté, une eau pure rare est plutôt une bonne chose pour le capitaliste. Tandis que pour l'écologie, on veut plutôt une eau pure abondante. Pas trop compatible, donc.
Le paradoxe de Lauderdale : richesses publiques détruites pour enrichir les richesses privées.

Mais le plus sidérant dans ce livre, c'est de voir à quel niveau de réflexion on était dans les années 60/70, et de se dire que finalement, en termes de "conscientisation", on a férocement régressé, un grand bond en arrière, une amnésie.

Comme si des lobbys avaient réussi à faire oublier tout cela...


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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #221,  »
Oui, dans le système capitaliste tout est gouverné par le taux de profit. Entre 1945 et les années 1970, celui-ci était au plus bas (pour les raisons que j'ai évoqué) Or les capitalistes veulent qu'il soit toujours plus élevé (l'idéal, serait un taux de profit de 100%: aucun coût de production ni de transport, mais vendre quand-même quelque chose… Jusqu'à maintenant, ce sont les escrocs qui s'en sont le plus rapproché)

Bien sûr que le processus que j'ai décrit vers le néolibéralisme n'a pas été linéaire, ni sans tâtonnement, mais la pression du taux de profit est permanente sur tous les patrons: si leur entreprise a un taux de profit supérieur à celui de leurs concurrents, alors elle va attirer les capitaux car les actions auront un meilleur dividende. Donc chaque patron à son niveau essaye d'améliorer le taux de profit de l'entreprise par tous les leviers possibles: modernisation de l'outil de production, compression des frais fixes, etc. Les patrons des grandes entreprises on un avantage dans ce domaine: ils sont en capacité de peser sur l'environnement normatif de l'entreprise en faisant modifier l'environnement légal. Cela peut se faire par des pressions classiques (je vais fermer mes unités de production), par la corruption (je subventionne votre campagne électorale ou votre train de vie sur un compte à Singapour), ou par la violence (je finance un coup d'état, comme Elf ou Total ont pu le faire en Afrique).

Cette pression générale pour augmenter le taux de profit génère aussi un marché que ce soit dans le domaine du conseil, mais aussi de la recherche, y compris théorique, en sciences économiques. Et donc, les financements aidant, cela fini par aboutir à une ou des théories à grande échelle permettant d'atteindre le but souhaité. Il faut les tester d'abord à petite échelle puis à une plus grande… et si elles sont efficaces, en fait, elles se propageront d'elles-même puisque dans les pays où elles sont appliquées, le taux de profit des entreprises est supérieur… Ces pays captent donc rapidement de nombreux capitaux au détriment des autres. Si ces derniers ne s'alignent pas ils se paupérisent, leur appareil industriel vieillit et perd en compétitivité.

Ceci dit, je viens de me rendre compte que j'avais négligé un des facteurs importants de l'après-guerre et qui a pesé aussi: la décolonisation. Durant la période coloniale, les industries étaient concentrées dans les métropoles (Royaume-Uni, France, Italie, Portugal… Je laisse de côté les USA qui sont spécifiques avec un marché intérieur énorme et une capacité à influencer économiquement les deux Amériques sans être au sens littéral une puissance coloniale) Les colonies, pour l'essentiel ne servaient qu'à deux choses: fournir des matières premières à leur métropole et en retour être un marché captif pour l'industrie de cette même métropole. Durant la période coloniale, de nombreux métiers considérés comme nobles étaient totalement inaccessibles aux peuples indigènes, au moins sur le territoire des colonies (ces règles étaient moins strictes dans les métropoles que dans les territoires coloniaux d'ailleurs, le colonisé étant en quelque sorte affranchi lorsqu'il venait en métropole). Or ce mode d'organisation était une forme archaïque du capitalisme qui maintenait artificiellement deux marchés du travail distincts: un pour les colonisateurs et un pour les colonisés. Jusqu'aux années 1930-1940, cela ne posait pas de problème réel au niveau du taux de profit. La seconde guerre mondiale, la saignée qu'elle a entraîné puis les reconstructions et le développement économique qui ont suivi ont généré une pression très forte sur le marché du travail côté colonisateurs avec les effets qu'à décrit FB. Et donc une poussée à la baisse du taux de profit. La volonté d’indépendance des peuples colonisés a donc été utilisé par le capital pour unifier le marché du travail à travers le monde (le capital recherche toujours à standardiser au maximum les productions, car il est beaucoup plus facile de comparer des éléments identiques que des éléments légèrement différents). On a ainsi vu des usines s'implanter dans des pays comme la Corée du sud, Taïwan, l'Inde… Cette concurrence a permis de recréer dans les pays industrialisés, un outil de régulation: le chômage de masse. Et c'est cette arme qui a permis de mettre une pression maximum sur les travailleurs et qui au bout du bout a permis de réorienter à la hausse le taux de profit en activant tous les outils que j'ai évoqué précédemment.

Après, je partage le fait que l'écologie n'est pas soluble dans le capitalisme, puisque comme je l'écris le taux de profit immédiat est le seul objectif. Après, l'exemple que cite FB est intéressant, car il montre aussi certaines faces des contradictions internes du capitalisme. Car certaines entreprises n'en ont rien à faire de la qualité de l'eau, alors que pour d'autres, ça va être un point essentiel pour leur production. Il ne faut donc pas imaginer le capital comme un bloc monolithique, mais plus comme l'assemblage d'intérêts hétéroclites qui ont un but commun; augmenter leur taux de profit immédiat. Et ça, de toute façon, c'est pas compatible avec la protection des milieux qui ne peut se faire que sur un temps long.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #222,  »
Quand je disais précédemment qu'il va être difficile de différencier en 2022 Macron de Le Pen, je ne pensais pas que les prémices de leur mariage arrivent si tôt.
https://www.lemonde.fr/politique/article/2020/12/27/un-conseiller-d-emmanuel-macron-a-dejeune-secretement-avec-marion-marechal-en-octobre-a-paris_6064601_823448.html
Citation
Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire du chef de l’Etat, a invité la nièce de Marine Le Pen et figure de l’extrême droite identitaire dans un restaurant parisien.
Bien entendu, il a le droit de discuter avec qui il veut.

Mais Macron maîtrise suffisamment sa communication pour savoir ce qu'il fait et les conséquences d'une telle mise en scène... on ne combat pas l'extrême droite en lui faisant la courte échelle.


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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #223,  »
Je dois reconnaître que c'est d'une Kolossale finesse comme opération. En gros, pour arriver en tête au premier tour en 2022, il faut mettre tata et la nièce sur la grille de départ. Sauf que le fonctionnement des Le Pen est clanique (ne pas trop s'illusionner sur les désaccords montée en épingle entre la tata et la nièce. Elles partagent le même tas de fumier). Donc s'il y en a deux qui se présentent, ça veut dire que ça a un intérêt pour elles pour la suite.

Ou alors Manu' considère que c'est cuit pour lui et il prépare l'adoubement de l'extrême droite pour le remplacer…

En tout cas, il va nous refaire sous une autre forme le coup de Mitterrand en 1986.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #224,  »
Au-delà de l'aspect tactique de Macron (dont je me fous, ça pourrait être Edouard Philippe, Jadot ou autre, ils sont interchangeables), ce qui est intéressant c'est finalement la normalisation du FN. Un parti comme les autres.
Avec qui on peut discuter et s'afficher de façon normale.
Demain, on pourrait imaginer un ministre d'ouverture FN dans un gouvernement Macron.
Et après-demain, un président FN.

Tout se normalise, et on sent vaguement que les patrons qui ont peur du désordre ne serait pas contre une présidence autoritaire, illibérale.
Ne jamais oublier que la seule liberté qu'ils aiment, c'est la liberté économique, pas la liberté politique.
Liberté économique, et un état illibéral sur le plan politique.

CNEWS de Bolloré, c'est un tract pour le FN.

Et c'est normal.


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