Emmanuel Macron Président de la République

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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #17,  »
Il y a eu un article très intéressant dans Le Monde hier sur les effets de la limitation à 10 des collaborateurs de ministres dans les cabinets. Bien sûr, l'article tartine beaucoup sur les horaires démentiels de ces collaborateurs, mais la deuxième partie de l'article explique que progressivement les services des administrations centrales sont en train d'une certaine façon d'y suppléer.

Démagogiquement, cette limitation du nombre de membres des cabinets est bien joué, sur l'air "il y a trop de fonctionnaires", mais à mon sens elle a en réalité deux objectifs.

Le premier est pour le président d'empêcher lors des prochaines présidentielles d'éventuels concurrents de prendre le chemin qu'il a lui-même emprunté, ou simplement de pouvoir constituer un bastion solide qui leur permettrait de résister à un remaniement. (Il faut se souvenir que Macron, au ministère des finances avait un cabinet de plus de 30 personnes dont on peut penser qu'une partie ont travaillé pour préparer son début de campagne en tant que boîte à idée et de conseils en communication, sous couvert de rédaction de notes techniques et d'aide à la communication du ministre.)

Le second est de faire basculer toute la haute administration dans le monde politique car l'article fait bien apparaître que les cabinets en viennent à demander à l'administration elle-même de faire la synthèse entre les avis parfois contradictoires des différents services. Or cette synthèse est très souvent politique car les visions défendues par les différents services sont souvent l'image d'antagonismes dans la société. Jusqu'à présent c'était au cabinet de faire la synthèse et donc d'arbitrer entre les points de vue, y compris en allant voir le ministre en cas de besoin. Cette situation nouvelle a deux conséquences. Cela veut d'abord dire que le pouvoir de l'administration va rapidement s’accroitre au détriment du gouvernement sur tous les sujets considérés comme secondaires par les politiques. Or faut-il le rappeler, les fonctionnaires, eussent-ils fait l'ENA, ne sont pas élus. Ils n'ont donc pas la légitimité pour faire un choix politique. La seconde conséquence qui découle de la première, c'est que la haute administration, sortant de son rôle de neutralité tel qu'énoncé après la seconde guerre mondiale (neutralité parfois un peu théorique, certes), devient politique ce qui légitime le spoil system cher à Macron.

Cela signe aussi la fin du principe de défense de l'intérêt général par l'administration puisque ce principe ne pouvait être légitime qu'avec une position de neutralité… C'est un bouleversement profond du lien entre les citoyens et l'administration qui s'annonce.

S'ajoutent l'attaque en règle sur les finances des collectivités locales les privant progressivement des moyens financiers de leur autonomie (pourtant affirmée politiquement), et le renforcement du rôle des préfets, Tout ceci participe à une centralisation rapide du pouvoir et sa concentration sur les mission de contrôle au détriment de tous les aspects sociaux (aménagement du territoire, santé, redistribution des richesses…)
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #18,  »
François Bayrou dit comme toi :
http://www.lexpress.fr/actualite/politique/deux-mois-apres-sa-demission-bayrou-met-macron-en-garde_1937326.html
Citation
Autre reproche: celui de voir les "hauts fonctionnaires [...] avoir plus de poids que par le passé" au sein des cabinets ministériels. "C'est un fondement démocratique que d'avoir un gouvernement de plein exercice. Il doit mêler des expériences différentes, des membres de la société civile comme des poids lourds politiques, mais il est important que ce soient eux qui dictent la ligne à l'administration de Bercy ou aux autres grands corps de l'État", analyse l'ancien candidat aux élections présidentielles de 2002, 2007 et 2012
Posté : 24 Août 2017 à 11:20

Ceci étant, ça fait depuis un moment que le locataire de Bercy n'a qu'une liberté très relative...


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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #19,  »
Il ne faut pas se leurrer non plus, les ministres n'ont pas réellement d'autonomie par rapport à l'administration, car ce sont les directeurs d'administration centrale qui ont les clés de la boutique. Mais jusqu'à présent, le positionnement de ces derniers était présenté comme étant neutres et défenseurs de l'intérêt général. Bien sûr de pas mal de fois l'intérêt général a été un peu tordu pour contrer la volonté d'un ministre et défendre un pré carré menacé.

Après il ne faut pas non plus se leurrer, un ministre des finances ou du budget ancien inspecteur des finances a aussi l'esprit de corps et n'ira donc pas contre la volonté des directeurs d'administration issus de ce corps. C'est pareil entre les directeurs d'administration centrale et des services déconcentrés. Ce n'est pas pour rien que lorsque la réorganisation/démantèlement du ministère de l'Équipement a été lancée en 2005-2006, le secrétaire général du ministère qui était de tradition un ingénieur général des ponts et chaussées, a été choisi dans le corps préfectoral, n'était pas issus d'un grand corps technique et surtout n'avais jamais travaillé au ministère… Actuellement, au ministère de la transition énergétique, la secrétaire générale est issue du corps des ingénieurs de la ville de Paris.

Avec le nouveau positionnement de l'administration par rapport au politique, désormais, ce sont les souhaits du vainqueur qui seront ouvertement défendus par l'administration (et au passage, les directeurs d'administration se tailleront des prébendes sur tous les domaines qui n'intéresseront pas les politiques, tout en continuant d'orienter dans le sens de leurs intérêts les décisions qui leur échapperont) Au final, cela se traduira par plus d’arbitraire pour le citoyen et le renforcement de la prééminence de la noblesse d'État.
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Flavien

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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #20,  »
Et je peux en parler pour l'éducation nationale.
Les principales réformes sont liées à la DGESCO, administration centrale, et on a beau changé de ministre, de majorité... Les politiques publiques sont très cohérentes. Le meilleur exemple est la réforme des rythmes scolaires : le groupe de travail a travaillé sous Darcos, les premières conclusions sous Chatel et c'est Peillon qui l'a mise en œuvre. Blanquer l'a détricoté mais c'est avant tout parce que c'était intenable pour les petites collectivités, laissées dans la merde par ces tocards de la rue de Grenelle.
La réforme du collège est la création de Florence Robine, pas de Najat, reprenant certaines logiques de la réforme des lycées de Chatel et l'autre réforme du Collège sous le ministère Fillon avant l'élection de Sarko...

Franchement, je ne pense pas que cela va changer grand chose...
" En France, les peines d'argent durent plus longtemps que les peines
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #21,  »
Question idiote, mais je me souviens plus.

De mon temps :wheelchair:, l'école était 4,5 jours par semaine avec du 8h30-11h30 et 13h30-16h30 avec un instit toute la journée.

Pourquoi un tel fonctionnement n'est plus possible aujourd'hui et les professeurs des écoles terminaient à 15h30 lorsque la semaine a été repassée à 4,5 jours ?
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Flavien

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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #22,  »
Citation de MCL80 le 25 Août 2017 à 11:08
Question idiote, mais je me souviens plus.

De mon temps :wheelchair:, l'école était 4,5 jours par semaine avec du 8h30-11h30 et 13h30-16h30 avec un instit toute la journée.

Pourquoi un tel fonctionnement n'est plus possible aujourd'hui et les professeurs des écoles terminaient à 15h30 lorsque la semaine a été repassée à 4,5 jours ?
C'était pareil "de mon temps..." Avec école le samedi.

Actuellement, l'ORS d'un professeur des écoles est de 24h + 3h.
Soit 24h de présence devant élèves, et parmi les trois heures, une devant élève et deux autres pas forcément devant élèves.

De fait, le temps par semaine devant élèves a été réduit puisque le cas général était de 27 heures par semaine.
Après, pour les raisons, je ne suis pas dans le métier depuis assez longtemps pour savoir. A priori, cela doit venir de l'idée (réelle) que les petits français sont ceux ayant le plus d'heures par semaine dans une année scolaire la plus concentrée en termes de semaines. On a allongé l'amplitude de l'année scolaire (plus longue de deux semaines) mais on a gardé le même nombre de jours/semaines travaillées (36). Les vacances de la toussaint se sont allongées et les ponts quasi systématisés. En échange, rentrée le 1er septembre et sortie le 7 juillet alors qu'avant on rentrait le 6 septembre et sortait le 30 juin.

Si je dois donner mon point de vue pour les rythmes, il faudrait travailler le samedi matin et non le mercredi matin. La semaine de 4j est une aberration pédagogique et sanitaire. Et il faudrait redéfinir le calendrier scolaire en raccourcissant de deux semaines les vacances d'été... Soit pour répartir ces jours dans d'autres congés (une semaine de plus à noel par exemple), soit pour réduire le temps de travail hebdomadaire des enfants et des enseignants.
Ca c'est ce que l'institution doit faire.

Après, on peut parler des rythmes comme on veut... Mais la société a changé, les enfants de parents qui travaillent, quel que soit le rythme scolaire, seront en "activité" de 7h à 19h tous les jours. Certains, qui travaillent ou non, seront passifs devant des écrans le reste du temps... Et clairement, pour une majeure partie des parents, le loisir prime avant l'école.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #24,  »
Disons que le rythme hebdomadaire des années 1980-90 ne semble pas déconnant par rapport à ce que disent les pédiatres. Par contre, il y avait probablement un problème de dosage quotidien: Un gamin n'arrive pas à assimiler en continu pendant 2*3 heures par jours (surtout la fin de matinée et le début d'après-midi, d'ailleurs). Or il ne me semble pas me souvenir qu'il y avait systématiquement des phases "de décompression".

La difficulté des rythmes scolaires, c'est pas les enfants, ce sont les parents. En semaine, ceux qui bossent sont rarement libres à 16h30 (et encore moins à 15h30 et c'est là-dessus que la dernière réforme a le plus buté en milieu rural. La liquidation des contrats aidés va l'achever ailleurs.) pour chercher les gamins. On y ajoute la question des familles recomposées et du coup, il faut supprimer les cours le samedi. On y ajoute pour les familles qui ont un peu d'argent et des ambitions multiples pour leurs gamins que les activités périscolaires se font le mercredi et on arrive à la semaine de 4 jours. À cela on ajoute les demandes des hôteliers pour étaler au maximum les vacances et on obtient le résultat actuel.

Sauf que tout ça, c'est bien beau, mais comme le dit Flavien, il y a les familles intégrées socialement et économiquement où les gamins courent de l'école au cours particulier, puis au sport, puis à la musique… Et il y a les familles globalement exclues, soit trop pauvres, soit n'ayant pas le bagage culturel, pour lesquelles l'école est la seule ouverture. Or en satisfaisant au mieux les besoins des premières, l'école laisse les secondes sur le bord de la route alors que c'est exactement l'inverse qu'il faudrait faire: Une école avec des amplitudes horaires larges, mais des activités variées qui permettent à tous de former un bagage culturel solide.

Les gamins sont finalement la variable d'ajustement du reste et c'est quand-même ça le moins normal. Sachant que la jeunesse est l'avenir, la façon dont on le prépare n'est pas forcément rassurante.
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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #26,  »
Moi au contraire, je suis un grand fan de macron, j'aime surtout sa vision du monde.
On avait déjà le costard, les illettrés, les français qui n'aiment pas les réformes... et désormais on va rajouter les "fainéants" :
http://lelab.europe1.fr/manifestations-contre-la-loi-travail-emmanuel-macron-ne-veut-rien-ceder-aux-faineants-3430988

Ce mec a des couilles énormes à étaler son mépris de classe comme on dessine sur la neige avec sa pisse.

En revanche, sur le plan économique, nulle surprise : il avait annoncé la couleur d'un populisme néolibéral. Ca va gicler, à un tel point qu'il tape sur tout le monde en même temps : Il attaque également les agents SNCF en ce moment.

Bon les fainéants illettrés sans costard, au travail si vous voulez devenir millionnaire.


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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #28,  »
Il faut souligner que la Ministre du travail comme que le premier ministre en conviennent (cf. leurs dernières interviews) : cette loi ne permettra probablement pas de faire diminuer le chômage. C'est donc une réforme purement idéologique. Derrière, la réforme du SMIC et de l'assurance chômage sont sur les rails. C'est à un vrai changement de société qu'on assiste.

Et sans ironie aucune, pour le coup, on peut au moins saluer chez Macron la clarté de son idéologie, de ses actions, de son programme, de son comportement (ses multiples dérapages verbaux).
Tout est cohérent, clair, sans faux-fuyant, sans détour. Et tout a été annoncé avant son élection.

Maintenant, je vois quand même un problème chez Macron : il semble ne pas voir que sa légitimité est assise sur une alliance sociale minoritaire, et qui n'est arrivée au pouvoir que par l'atomisation de l'opposition et l'abstention massive des classes les plus populaires. Ces deux points ont permis l’arrivée au pouvoir de ce pôle européiste/néolibéral.

En cela, l'abstention n'est pas l'ennemi de Macron et sa clique, mais son allié objectif pour les élections futures : si l'alliance des classes éduquées/aisées veut se maintenir au pouvoir, elle a tout intérêt à favoriser l'abstention des classes populaires.

Maintenant, il faut avouer que l'opposition cohérente à cette alliance au pouvoir cohérente n'existe pas.

Parmi les opposants, on a :

- ceux qui veulent sortir de l'UE et l'euro,
- ceux qui pensent que le saut fédéral est la panacée
- ceux qui pensent que l'on peut faire une europe non néolibérale

Franchement, c'est pas gagné, et on peut craindre que si l'opposition politique n'émerge pas dans l'enceinte de l'assemblée nationale, elle n'émerge dans la rue.


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Re : Emmanuel Macron Président de la République
« Réponse #29,  »
Le Canard de la semaine faisait un petit historique des trente dernières années de réformes de plus en plus libérales du code du travail au nom de l'emploi. Grosso-modo on est passé de 7 (à l'époque de Gattaz père) à plus de 10% (à l'époque de Gattaz fils) de la population active au chômage dans le même temps.

Quand je pense qu'on nous fais suer avec les histoires d'efficacité des politiques publiques et patati et patata. Là on a une politique publique menée avec constance depuis 30 ans et qui n'a freiné ni le chômage, ni la paupérisation des salariés et encore moins l'accroissement des inégalités. Et bien sûr cette politique on la poursuit avec constance pour arriver à une situation comme dans d'autres pays où des travailleurs pauvres n'arrivent plus à se loger ni à se nourrir avec leur salaire de misère et doivent après leur boulot faire la queue à la soupe populaire.
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