Transports en commun: Toi aussi viens sentir la sueur dans le métro

MCL80

  • Modos
  • Messages: 3 365
Ben c'est un foutoir organisé en toute connaissance de cause: avant on avait une seule entreprise et 3 branches (pour faire simple): Voies et Bâtiments dont le nom décrivait bien la fonction, l'exploitation avec les services en gare et l'aiguillage des trains (pour rester simple) et la traction pour faire avancer les trains. Il y a toujours eu des dissensions, mais l'objectif commun était de faire rouler les trains à l'heure.

La scission en 1997 a créé un monstre de Frankenstein: On a procédé à un découpage absurde à la base: les voies principales, les postes d'aiguillage et les quais (pour faire simple) et une grosse partie de la dette sont allés à RFF. Le reste, c'est à dire les bâtiments des gares, le matériel roulant, les dépôts sont allé à SNCF. RFF a en outre eu l'obligation de faire appel à SNCF pour entretenir et exploiter son réseau. C'est à dires que les employés devant entretenir et exploiter la partie RFF sont restés à la SNCF.

Cela a entraîné des situations ubuesques de refacturation: RFF faisait payer des péages à SNCF pour circuler sur ses voies et SNCF facturait ses services à RFF pour l'entretien et l'exploitation de ses voies. Plus les péages augmentaient, plus SNCF augmentait ses coûts refacturés à RFF. La réforme de Hollande a mis fin à ce système dingo, mais 10 ans de guerre SNCF/RFF ont laissé des traces très profondes qui ne s'effaceront pas comme ça. Ceci d'autant que le PDG de SNCF est devenu le PDG de l'ensemble. Les personnels de RFF ont donc eu le sentiment de se faire manger. D'autant plus que certaines évolutions du réseau ont été remises en cause. Par exemple, RFF portait une volonté de maximiser le nombre de circulations (pour augmenter les recettes des péages). Ils ont donc poussé à ce qu'on appelle le cadencement (en gros, toutes les heures, dans une même gare se déroule la même chronologie d'arrivée et de départ des trains). L'une des premières choses qui a été fait lors de la fusion avec SNCF a été de revenir aux pratiques anciennes, ou plutôt que de tracer 10 fois le même train dans la journée à la même minute de chaque heure sur une ligne, on a 10 trains différents qui ne vont pas s'arrêter aux mêmes endroits et rouler à des vitesses différentes.

Si on ajoute à ça que les chefs connaissent de moins en moins les aspects techniques des métiers et que donc ils ne pensent qu'à se couvrir par rapport aux risques éventuels, on arrive à un système hiérarchique complètement sclérosé. Plus personne ne décide quoique ce soit et tout l'encadrement repasse les décisions au-dessus. On a un système qui est en train de crever sous sa propre bureaucratie.
Attention à la marche en descendant du tram^^
La gare demeure et ne se rend pas…

Kamen

  • Waffou
  • What lies behind the mask...
  • Messages: 7 909
永遠に、あなたのモノ・・・

Flavien

  • Modos
  • Un bon temps pour un bombardement
  • Messages: 3 203
" En France, les peines d'argent durent plus longtemps que les peines
de coeur et se transmettent de génération en génération. "

( Silhouette du scandale )
Aymé, Marcel

Kamen

  • Waffou
  • What lies behind the mask...
  • Messages: 7 909
永遠に、あなたのモノ・・・

Ken_oh

  • Waffou
  • Messages: 1 684
You're sayin' the FBI's gonna pay me to learn to surf?
Point Break, Johnny Utah.

The WormLord

  • Waffou
  • Messages: 958
Je crois que plus généralement, plus personne ne veut prendre ses responsabilités, à quelque niveau que ce soit. Nulle part. Faut dire qu'on aime tellement ajouter des couches de hiérarchie partout qu'il est assez simple de se délester de toute décision et de la passer au cran au-dessus. Qui n'aura potentiellement pas les compétences nécessaires pour décider.
Je vous sers un ver ?

MCL80

  • Modos
  • Messages: 3 365
Citation de The WormLord le 26 Octobre à 07:56
Je crois que plus généralement, plus personne ne veut prendre ses responsabilités, à quelque niveau que ce soit. Nulle part. Faut dire qu'on aime tellement ajouter des couches de hiérarchie partout qu'il est assez simple de se délester de toute décision et de la passer au cran au-dessus. Qui n'aura potentiellement pas les compétences nécessaires pour décider.
En fait, la perte d'expertise technique de l'encadrement explique largement la volonté de ne plus rien décider. Quand un chef connaît les limites du danger, il est beaucoup plus facile pour lui d'autoriser des choses que quand il ne sait pas où se trouve cette limite. On a strictement le même tropisme dans les services de contrôle de l’État dans les domaines de la sécurité ferroviaire. La plupart des contrôleurs n'ont jamais concrètement travaillé dans le domaine donc certaines prescriptions qui se veulent sécuritaires consistent à rajouter de la contrainte sur la sécurité sans réellement l'améliorer… Ce sont ces mêmes personnes qui élaborent des guides techniques sur la sécurité dans un domaine où ils ont certes la connaissance théorique, mais où il leur manque cruellement la pratique. Résultat, c'est ceinture, bretelles, parapluie avec une chape de béton de protection au-dessus.

Mais changer ce genre d'habitudes veut dire remettre aussi de la promotion interne à grande échelle dans les structures et à tous les niveaux, plutôt que de recruter des encadrants quasiment qu'en sortie d'école. Or c'est contraire à toute la doctrine du management actuel: Si un cadre connaît trop bien le fonctionnement de son service, il ne pourra pas (ou pas suffisamment) le faire évoluer car il prendra en compte les remarques pertinentes de ses subordonnés. L'encadrement supérieur arrive beaucoup plus facilement à obtenir une réorganisation complète selon des objectifs prédéfinis d'un service par un cadre qui ne connaît pas le métier. Et comme au bout de 2-3 ans, ce même cadre sera parti ailleurs, il n'aura même pas à assumer les conséquences de ses choix.

Pour le cadencement, à part SNCF Mobilités, je crois que tout le monde l'apprécie :shifty:
Attention à la marche en descendant du tram^^
La gare demeure et ne se rend pas…

Flavien

  • Modos
  • Un bon temps pour un bombardement
  • Messages: 3 203
Citation de MCL80 le 26 Octobre à 14:57
Et comme au bout de 2-3 ans, ce même cadre sera parti ailleurs, il n'aura même pas à assumer les conséquences de ses choix.

Pour le
Et c'est le problème de toutes les fonctions publiques. Encore que l'homme politique peut éventuellement être sanctionné par les urnes (éventuellement hein…) Le responsable administratif, ou le chef d'entreprise parachuté, lui, peut semer la graine du déluge à des niveaux catastrophiques sans risquer une once de sa carrière car les effets boomerang se sentiront après avoir changé de poste/de ministère/d'EPCI/j'en passe.
Je ne peux pas m'empêcher de penser à SIHREN, le logiciel fantôme du MEN, qui devait gérer le  1M des agents du ministère, devait coûter 75M d'€ mais au final en a coûté 350 pour en gérer au maximum 18 000... Et etre finalement abandonné.
Cap Gemini s'est fait les couilles en or !
En quoi cela a un rapport ? Le pilotage ! Le marché public a été alloué en 2006 (Chirac donc), il aura fallu attendre 2016 pour que la Cour des Comptes découvre le fiasco. La merde a été enterrée très vite au fur et à mesure que les têtes changeaient au ministère (Ministres, cabinet, DG…) et le responsable, celui qui a ordonné la mise en place du marché public, qui a organisé les réunions de pilotage… Evidemment, en 2016, personne ne se souvient qui s'est. Ou si on s'en souvient, il a changé trois fois de poste, il a même probablement pris sa retraite.
Il a coûté 300M d'€ à l'Etat, une broutille hein ! Le pire c'est quand tu vois que Cap Gemini développait et facturait le logiciel sans qu'il y ait le moindre comité de pilotage pour redresser le problème ou mettre la pression sur l'entreprise. Le marché public a tellement été mal ficelé que Cap Gemini n'a même pas été pénalisé. C'est ahurissant de connerie.
Dans le genre aussi, quand ils ont des besoins précis, l'Etat a une géniale tendance à recruter des jeunes cadres/ingénieurs/développeurs en contractuel. Pourquoi pas hein ? Sauf que quand on est contractuel avec l'Etat, tu vaux rien. Même si tu es chargé de piloter des projets très importants car tu es le SEUL de toute une administration à connaître un langage précis, tu seras pas considéré. Et justement, un pote, développeur, m'a raconté que la région IdFrance était dans la merde… Puisqu'à force de la prendre pour une conne, la région avait perdu la seule agent, contractuelle, capable de maîtriser le côté technique d'une application essentielle à la gestion des formations pro gérées par la Région.

Ressources humaines, intelligence stratégique, optimisation des moyens financiers, l'Etat, c'est plus fort que toi.
" En France, les peines d'argent durent plus longtemps que les peines
de coeur et se transmettent de génération en génération. "

( Silhouette du scandale )
Aymé, Marcel

MCL80

  • Modos
  • Messages: 3 365
La manière dont l'administration gère ses grands projets informatiques ne peut qu'interroger sur la réalité des compétences de maîtrise d'ouvrage des services. De très nombreux grands projets depuis environ 20 ans sont des échecs cuisants et extrêmement coûteux. On peut citer le plus connu qu'est Louvois pour la paye des militaires, mais il n'est que la partie émergée de l'iceberg. On a eu aussi (sans être exhaustif) la plateforme nationale d'interception des communications téléphoniques, l'opérateur national de paye (Louvois à l'échelle de la fonction publique), Chorus (payement et facturation), les cartes grises et j'en oublie.

Les marchés publics désastreux ne se limitent d'ailleurs pas aux prestations logicielles ou intellectuelles. Combien de fois l’État ou les collectivités se sont fait fourgué des riblons obsolètes ou inaptes au service? Quand je suis rentré dans la fonction publique, je me souviens que les ordinateurs de bureau NEC avaient tous une maladie qui les faisaient caner au bout de 3 à 5 ans: les condensateurs des cartes mères pétaient.

Le problème, c'est que dans l'administration, toutes les fonctions de support technique sont dévalorisées (et j'ai la faiblesse de penser que ce n'est pas un hasard, mais un choix délibéré). Résultat, quasiment plus personne ne sait rédiger un marché pour lancer une mise en concurrence avec des clauses solides et permettant de refuser le payement d'une livraison de prestation intellectuelle non conforme. Personne ne sait non plus tester un logiciel. Ça en est à un point qu'on va bientôt faire rédiger tous ces appels d'offre par des cabinets d'avocats spécialisés et de consultants… avec des frais astronomiques à la clé. Comme en parallèle et pour "économiser" l'administration ne mets pas forcément en face de son fournisseur une vraie expertise (qu'elle soit interne ou bien une AMO ou une MOe externe), elle se retrouve incapable d'expertiser complètement ce que livre réellement la société. Résultat, des logiciels mal testés sont mis en production opérationnelle et on découvre qu'ils ne sont pas utilisables. Sauf que comme ils ont été réceptionnés, l'entreprise a été payée (au moins sur 90% du montant du marché) et les modifications font l'objet de facturations complémentaires… Et encore on parle là d'un logiciel qui répond à un besoin bien défini à la commande. Mais très souvent on a des demandes d'évolutions de fonctionnalités en cours de développement (besoins nouveaux ou le plus souvent aspects oubliés dans le cahier des charges). C'est comme ça qu'on a encore des primes gérées par des logiciels tournant sous DOS et devant être modifiés (par des sociétés privées avec des marchés publics) pour s'adapter aux évolutions des régimes indemnitaires.

Le pire, c'est que quand des agents développent réellement des compétences soit pour rédiger de façon pointue des marchés, soit réellement dans les parties techniques pour tester les logiciels livrés, l'administration est quasiment incapable de les valoriser pour les inciter à rester sur leur poste. Les domaines où il y a une réelle reconnaissance des compétences avec des possibilités de promotion sans avoir à aller faire autre chose sont rarissimes. Résultat, les agents ont le choix entre faire le boulot qu'ils connaissent et stagner au niveau salaire et responsabilités, ou papillonner régulièrement pour aller pêcher la promotion. Finalement, c'est une sorte d'organisation de l'incompétence générale, en particulier dans les cercles dirigeants de la haute administration… Et étrangement, ça permet à des sociétés d’amasser des sommes considérables.
Attention à la marche en descendant du tram^^
La gare demeure et ne se rend pas…